Ce blog est celui de l'émission radiophonique Culture Prohibée. Produite et animée par les équipes des Films de la Gorgone et de Radio Graf'Hit, elle vous invite, chaque semaine, à découvrir divers aspects de la contre-culture à travers des émissions thématiques (le mouvement beatnik, le polar, la presse cinéma, le rock alternatif, le giallo, etc.) et des rencontres passion-nantes (interviews de Dario Argento, Bertrand Tavernier, Philippe Nahon, Costa-Gavras, etc.). Culture Prohibée est une émission hebdomadaire d'une heure diffusée le mardi à 17H sur les ondes de Radio Graf'Hit (rediffusions le samedi à 10H et le dimanche à 23H). L'émission est également diffusée sur d'autres antennes : Radio Active 100 FM à Toulon, Radio Ballade à Espéraza, Booster FM à Toulouse, C'rock Radio à Vienne, Radio Valois Multien à Crépy en Valois , Résonance à Bourges et Radio Panik à Bruxelles.
Ce blog constitue un complément à l'émission en vous proposant des interviews inédites, des prolongements aux sujets traités à l'antenne ainsi qu'un retour détaillé sur les sorties DVD et bouquins que nous abordons "radiophoniquement". Autre particularités du blog, vous fournir le sommaire détaillée ainsi que la playlist de chaque émission. Pour plus d'infos, vous pouvez vous connecter sur le FB de l'émission en cliquant ici.
Vous pouvez écouter et télécharger l'émission sur le site des Films De La Gorgone.
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dimanche 24 juillet 2016

Les lectures de Boris : Les goulags mous / La brigade des télépathes


Ecrit par Jacques Mondoloni
Publié en 1984 au Fleuve Noir puis réédité en 1998 chez Florent Massot et en 2008 chez Mélis
ISBN (F.M.) 2-908382-74-1

Le petit père (du peuple) Mondolini est un Français. Grand prix de la science-fiction en 83 pour Papa 1er, il écrit de tout, polar, littérature jeunesse, SF, roman noir... Fin de la quatrième de couverture. Mais là, ce qui nous amène, c'est de la SF. Ou plutôt une uchronie. Encore que, ce n'est que le premier tome de la série des Goulags mous. En gros: le communisme règne sur la planète, à part en Amérique. Le système est basé sur une surveillance effectuée par une brigade de télépathes. Et forcément ça ne se passe pas vraiment idéalement. Le schéma global de la narration est très classique, avec la chute d'un individu puis sa rédemption. Si vous avez lu du Jodorowsky, vous connaissez, il nous fait le coup chaque fois. La particularité étant dans le parcours du personnage principal, ce qu’il subit. Je n'en dis pas plus, mais le traitement de l'histoire est bien vu.


Le livre est une critique intéressante des totalitarismes. C'est le communisme qui sert de cadre, mais qu’y-a-t-il de plus proche d'une dictature de gauche qu'une dictature de droite ? D'autant plus qu'un des slogans de propagande récurent cité dans l’ouvrage dit "et comme Carthage l'Amérique sera détruite", phrase adaptée de Jean-Hérold Paquis, collabo pendant 39-45, chroniqueur à Radio-Paris et facho abouti. On peut toutefois regretter que Mondoloni ne développe pas plus la situation américaine, qui ressemble à une belle anarchie joyeusement rétrograde. Toutefois, c’est plutôt cohérent vu le récit, en effet, dans une dictature il n'y a pas de raison de faire de la pub pour l'ennemi. On pourrait faire un parallèle avec l’instrumentalisation, encore aujourd’hui, de la Légende du Démon Blanc (Div-e Sepid en Persan) du Mazandaran en Iran. Le texte est bien fichu à cet égard, on voit bien les articulations des divers instruments servant à manipuler un peuple.


L'autre aspect que j'ai beaucoup aimé est la télépathie. Qui tombe comme une plaie. Je ne sais pas si Mondoloni a fait exprès, mais c'est à nouveau un joli coup. En effet, comment conserver de l'intimité si quelqu'un est capable d'attraper au vol vos pensées ? Finalement, cet espionnage télépathique n'est qu'une forme évoluée du KGB, une capacité exceptionnelle utilisée à mauvais escient. Sans parler des ennuis causés aux télépathes ! Mondoloni souligne ici moult problèmes liés au fait d’avoir un trop grand pouvoir. Surtout lorsque, sous couvert de moralité, de lutte contre le crime, contre la délinquance, la télépathie se transforme en outil de lutte contre les pensées déviantes. L’engrenage des emmerdes à la pelle devient infini. Il y a fort à parier que si des télépathes existaient, ils constitueraient un véritable fantasme pour tout dictateur qui se respecte !


Le seul regret que j'ai à émettre est que le roman ne soit pas plus long. En étoffant ses personnages et en émaillant son histoire de quelques anecdotes, à la manière d'un Hamilton, Mondoloni aurait pu mettre plus de liant à moindre frais (oui, je sais, c'est facile... Je n'ai qu'à écrire un livre, quoi !) et rendre son univers plus riche, donc plus intéressant. Le cadre global est un peu trop manichéen et les personnages manquent un peu de profondeur. Mais j'ai lu le livre avec beaucoup d'intérêt ! Je l'ai même relu pour vous, car il m'avait laissé un sentiment d'inachevé il y a quelques années, et c'était bien mieux que dans mes souvenirs.
Enfin bref, moi je pars en vacances, en attendant trouvez un truc à lire… et lisez-le!
Boris

dimanche 17 juillet 2016

Les lectures de Boris : Mindstar 2 – Quantum


Ecrit par Peter F. Hamilton
Publié en 2010 par Milady
ISBN 978-2-8112-0414-3

Bon, normalement vous connaissez Hamilton (le type sur la photo, en dessous, c'est lui) : La trilogie du Vide, la trilogie de Pandore sont parmi les plus fameux, aujourd’hui nous allons aborder le tome 2 de la trilogie Mindstar. Le Peter, là, il a du avoir envie de faire un polar. Sur 511 pages il y en a 350 consacrées à la mise en place de la problématique dont bien 100 à montrer comment ses personnages sont mal embarqués. C'est assez long...c'est même très long... Ce n'est pas mal fait, c'est juste que ça dénote franchement avec ses ouvrages habituels qui, au bout de 10 pages, permettent au lecteur d’accéder au cœur de l'action. OK j'exagère, mais l'idée est là. Par contre au bout des 350 pages de Flaubert-détective (ouais j'exagère aussi mais j'ai trouvé ça vraiment long), il y a un violent coup d'accélérateur, à se demander ce que Peter a pris comme substances... Le syntho que consomment ses personnages ? A ce moment-là on retrouve vraiment le Hamilton habituel, et ça fait plutôt du bien, tant pis pour la violence du changement.


Pour ce qui est de la continuité de l'histoire par rapport au tome 1 (et ce qui change par rapport aux autres œuvres), no problemo, on peut sans soucis le lire séparément. Il y a bien sur des références au premier tome, mais qui sont assez anecdotiques. Alors d'accord, c'est toujours mieux quand on sait d'où sortent les personnages, mais finalement ça revient à regarder un film de SF sans les sous-titres pour les aliens. En général on comprend, même si j’me souviens d'une version russe de District 9 sans sous-titres, puis avec sous-titres : c'était mieux sans ! Par contre Milady, va falloir qu'ils fassent un peu attention quand même. L'image de couverture est lamentable, éhontément inspirée de Matrix, et la citation de quatrième de couverture est toujours la même, comme s'il n'y avait rien d'autre à dire sur Hamilton.


Enfin bon, revenons au bouquin dans lequel Greg Mandel doit élucider le meurtre du docteur Edward Kitchener, un spécialiste de la physique quantique. Je l'aime bien Hamilton car il sait effectivement coller du rythme à ses histoires, les alimenter intelligemment. Oui ses machines et ses procédés sont plus oniriques que scientifiques, mais il sait aussi les décrire suffisamment bien pour que ce soit crédible. Bref, à mon goût, Mindstar 2 – Quantum est, pour l'instant, le moins bon des Hamilton (même si j'aimerais bien avoir pu écrire n'en serait-ce que la moitié), et ça le rend intéressant à lire, on apprécie d'autant mieux les autres.
Actuellement je lis un Jacques Mondolini, un français, dont je vous parlerai une autre fois. En attendant, lisez !
Boris

vendredi 8 juillet 2016

Les lectures de Boris : Starfish


Ecrit par Peter Watts
Publié en 2009 chez Fleuve Noir / Collection Rendez-vous ailleurs
ISBN 978-2-265-08948-8

Peter Watts (cf. photo ci-dessous du zigue et de son chat) s'est fait connaître du public français avec Vision Aveugle, un "space opera" réussi mais assez pessimiste. Avec Starfish, en fait son premier livre originellement paru en 1999 dans les pays anglo-saxons, il nous emmène dans les abysses. Ça ne se déroule pas sur Terre. Ça pourrait, mais ce n'est pas nécessaire. En fait, ça se passe sur Terre, mais ça pourrait être ailleurs. Le huis clos est tellement oppressant que l’extérieur est subjectif. Bon, je reprends avec un peu de méthode… Des êtres humains améliorés travaillent dans les abîmes pour l'exploitation géothermique. Ils sont choisis parmi les cas sociaux (à caractère dangereux) car eux seuls peuvent résister à ces conditions d'isolement. Prenez un troupeau de psychopathes, trempez-les dans l'eau, laissez sécher sous cloche et répétez aussi souvent que possible. Vous obtiendrez une matière à roman admirablement exploitée par Watts.


La société à la surface a besoin d'énergie. C'est logiquement au plus près du cœur de la planète que l'échange thermique est le plus important. Une grosse entreprise exploite tout ça plus ou moins joyeusement, avec le dédain des grosses machines pour le menu fretin que sont les individus.
Pour couronner cette société, observée par le prisme des psychopathes, apparaît rapidement comme franchement barrée. Résumons mon résumé qui ne résume pas grand-chose : Des psychopathes sous l'eau, une société futuriste malsaine, une technologie avancée, un environnement étouffant et hypnotisant, des créatures marines que seul un biologiste marin comme Watts peut rendre crédibles, une base sous-marine qui n'inspire pas confiance, et je pourrais en rajouter.


J'ai passé toute ma lecture à naviguer entre Alien et Vol au-dessus d'un nid de coucous, le tout mâtiné de The Killer. Eh oui, c'est un parfait scénario de film, mais qui ne sera jamais produit car beaucoup trop sombre. Je reconnais, cette fiche de lecture est bordélique, mais c'est la marque de mon enthousiasme. Ce bouquin est une petite merveille. Les personnages sont délicieusement ciselés, les descriptions sont impeccables aussi bien en surface qu’en profondeur, à travers ce cauchemar Watts se permet de délivrer un message puissant… Bon, je ne vais pas vous le livrer, mais c'est vraiment ce que j'aime dans la SF, quand elle prend un caractère anticipatif et prospectif, et que si on continue d'être des cons c'est peut-être comme ça que ça finira, en attendant, Courage !
Boris

N.B. : La trilogie des Rifteurs dont Starfish est le premier volume est intégralement disponible en Pocket (cf. photo ci-dessous).

dimanche 23 août 2015

Les lectures de Boris : Oussama


Ecrit par Norman Spinrad
Publié en mai 2010 chez Fayard
ISBN 978-2-213-63691-7

On n'échappe pas à Norman Spinrad. Ce type, désespérément inventif, manifeste une grosse envie que son œuvre suscite le débat. Ce coup-ci, au moins, c'est clair, c'est une uchronie : En gros, les attentats du 11 Septembre ont porté leurs fruits et les états musulmans radicaux sont légion. Une partie de ces états est regroupée sous le protectorat du Califat qui applique la stricte Charia et qui n'a de cesse d'être en lutte larvée contre le Grand Satan que sont les États-Unis d'Amérique. Le livre s'articule autour d'un concert d'arguments développé par le personnage principal, cet espion du Califat envoyé en France (comme Spinrad s'exila à Paris sous Reagan) mesure les différences entre ce qu'il a appris et ce qu'il voit.


Fidèle à lui-même, Spinrad (cf. ci-dessus son portrait effectué lors d'une visite à La demeure du chaos, Saint-Romain-au-Mont-d’Or-Abode of Chaos/Flickr/CC) étudie profondément son sujet, la religion qui dérape vers la géopolitique, et évite toute propagande. D'ailleurs si le livre aborde la religion, son objet demeure le fanatisme. Dans notre quotidien, on est souvent surpris que des gens intelligents puissent être fanatiques. Comment cela peut arriver ? L’auteur nous en fait la démonstration ! Le bouquin est très bien fichu, nous emmenant dans une aventure d'abord française, ensuite africaine.


De tous les Spinrad que j'ai lus, ça a été le plus facile à avaler. Il aborde le terrorisme de l’intérieur, part d'un postulat très proche de notre situation géopolitique actuelle, ressort la Guerre Froide à la sauce Islam vs Satan, tient compte du contexte économique actuel (pour ce qui est du pétrole en tout cas), en profite pour mettre quelques coups aux États-Unis et à leur hégémonie. Spinrad nous donne donc le choix entre la peste et le choléra. A nouveau il pose un regard très critique sur les hommes et leurs sociétés sans pour autant délivrer un message de bonne conduite. Décidément ce type est un sacré auteur. La prochaine fois je vous parlerai de Starfish de Peter Watts.

Boris

PS : Pour plus d'infos sur Norman Spinrad, lisez cette interview du maître réalisée par Gaël Bocandé pour L'Obs-Rue 89

lundi 17 août 2015

Les lectures de Boris : Il est parmi nous


Ecrit par Norman Spinrad
Publié en octobre 2010 chez J'ai lu (n° 9380)
ISBN 978-2-290-02126-2

J'adore le nom de ce gars, Spinrad, je trouve que ça en jette. Plus que son style en tout cas. J'ai un mal de chien à accrocher à son écriture, et ce de bouquin en bouquin. Ce qui est tout de même malheureux n'ayant pas non plus envie de me priver de ses excellentes idées ! Commençons par régler le problème du style: les personnages sont très stéréotypés. Mais alors très. Quand en plus ils ont un langage qui leur est propre, ça devient ridicule. Je ne saurais dire si le problème vient du traducteur ou du texte d'origine, surement un petit mélange des deux. Quoiqu'il en soit le personnage de Loxy est insupportable. Enfin bref, avec des personnages stéréotypés on ne s'attend pas à des surprises, et il n'y en a pas. Ce qui est effectivement intéressant ce sont les argumentations des différents partis.


Et venons-y. Schématiquement Spinrad articule un débat entre pro-bios et pro-technos. Voies naturelles contre voies scientifiques. L'ensemble se passe de nos jours, avec un agent provocateur qui viendrait du futur. Et le Norman, là, il avait très envie de discuter. Page 500 on n'est toujours pas plus avancé dans l'histoire, comme assez souvent avec lui en fait. Et puis, lentement, les personnages, même pénibles, prennent un fond inattendu et intéressant (probablement intéressant car inespéré). Mais ça je vous laisse découvrir. Je ne peux par contre pas passer sous silence la très bonne et très drôle idée de créer un personnage auteur de science-fiction qui nous livre un quotidien criant de vérité, dont même les abus sont joyeusement crédibles. Quelle est la part de fantasme ou de vérité, perso je m'en fiche, j'ai bien rigolé.


Ensuite, et c'est bien la marque Spinradienne, les débats sont à couteaux tirés, très bien argumentés, sans parti pris pour l'un ou l'autre des protagonistes (Il s'est tout de même éclaté avec son héros et ça se sent !). Ça a parfois, malgré tout, des relents de plaidoyer pour un monde meilleur, quelque part entre le patchouli et l'internet libre, mais ça reste bien fichu, intéressant et enrichissant. Pour ce qui est de la SF pure on repassera. Le paradoxe temporel est présent du début à la fin sans que ça ne dérange qui que se soit, ni l'auteur ni les personnages. Curieusement Spinrad semble se rapprocher de cette SF profane, béotienne, qui revendique de ne pas utiliser d'éléments futuristes impossibles (voyage supra-luminique, téléportation, etc.). Même si là il utilise le voyage dans le temps, il le situe au début de l'ouvrage, histoire de démarrer son sujet, et on n'en parle plus. Fin de la partie science de la fiction. On se situe entre l'uchronie et le mundane (cf. Bifrost). C'est à savoir: vous n'êtes pas parti pour une saga inter-univers mais pour une réflexion poussée sur l'avenir de la planète ! Le prochain est un autre Spinrad: Oussama. Voulez-vous en savoir plus ?

Boris

dimanche 9 août 2015

Les lectures de Boris : La machine à différences


Ecrit par Bruce Sterling & William Gibson
Réédité en 2010 dans la collection Ailleurs et demain (Robert Laffont)
ISBN 0-553-07028-2
Ça m'apprendra à m'avancer ! Je vous avais annoncé la lecture de ce livre, je dois donc vous en parler. À regrets, soyons francs. En écrivant sur Mona Lisa s'éclate j'avais soupiré vis-à-vis du steampunk, considérant que c'est un style avant tout graphique, esthétisant. Et bien là, concernant La machine à différences, Sterling et Gibson plongent dans le genre jusqu'au cou et nous entraînent dans leur noyade ! La machine à différences est une uchronie (puisqu'il y a beaucoup de références à un passé qui est réel) qui se situe après les « Grandes émeutes ». Pas très clair cette histoire « Grandes émeutes », elles servent de référence dans une temporalité difficilement compréhensible. Elles semblent être la raison de l'évolution de la société décrite dans l'ouvrage.Mais jamais la paire d'auteurs ne nous expliquera le pourquoi de ces émeutes. En bref, lecteur, c'est à cause d'elles, tiens-toi le pour dit : Un peu léger !


Les personnages ne sont pas inintéressants, mais il y en a peu. Curieusement Gibson a beaucoup plus de personnages quand il écrit seul qu'à deux. Je ne mets pas en doute leur bonne volonté, mais ça commence quand même à sentir le prétexte pour se retrouver entre vieux copains-je rappelle que Sterling (cf. photo ci-dessous) avait publié les premières nouvelles de Gibson dans les années 80. Les personnages sont presque tous chercheurs, ou au moins intellectuels, travaillant dans un système scientifique relevant de l’anthropomorphisme. Ils se livrent aux joutes verbales de leur époque avec des arguments de leur époque. Les dites-argumentations ne sont pas intéressantes, mal écrites, les arguments sont pauvres et tristes et les conclusions emplies de bonne moralité. C'est très lourd. Les auteurs, puisqu'ils ont choisi le steampunk, tentent tout de même le coup des ordinateurs mécaniques qui fonctionnent avec des cartes perforées, l’occasion d’un trafic de cartes dont aussi bien l'intrigue que le dénouement m'ont échappé... Le livre se divise en six parties aux titres plus ou moins mystiques. Même si l'on retrouve des personnages d'une partie à l'autre, le lien m'est apparu plutôt fumeux.


Bon, vous avez compris : Je n'ai pas aimé, mais alors pas du tout. Je me suis forcé à aller jusqu'au moment où je comprendrai le titre. Autrement dit j'ai fini le livre sans atteindre mon objectif. Ça m'a tout de même permis d'entrevoir une tentative de rapprochement d'une théorie scientifique moderne que je n'ai malheureusement pas réussi à identifier... Ailleurs et Demain est une collection dirigée par Gérard Klein, qui nous a donné beaucoup de bonnes choses pendant de nombreuses années. Néanmoins, force est d'admettre que cela fait quelques bouquins où je ne m'y retrouve plus (idem avec Jean-Pierre Andrevon). Afin que nous ne nous quittions pas sur du négatif, deux très bons points dans cet ouvrage. Tout d’abord, les descriptions de Londres, avec fog, smog et étripailleurs de toutes sortes, sont délicieuses quoiqu'un peu courtes. On en mangerait volontiers plus (et puis ça éviterait d'essayer de suivre l'intrigue). Ensuite, il faut tirer un grand coup de chapeau à Bernard Sigaud, le traducteur, qui nous livre un français d'époque très agréable, aux expressions ressorties des tombes et à l'imagination toute consacrée à l'adaptation du texte. Vraiment très chouette. Je ne sais pas ce que sera ma prochaine lecture, je n'ai pas ma pile de bouquins sous le bras, mais le cas échéant je trouverai une traduction de Bernard Sigaud, je n'aurai pas tout perdu.

Boris

dimanche 2 août 2015

Les lectures de Boris : Mona Lisa s'éclate


Ecrit par William Gibson
Première édition française en 1990 chez J'ai lu (n°2735)
ISBN 2-277-22735-8

Vous aimez le cyber-punk ? En voici le pape, pas moins. Succès international avec son premier roman Nécromancien (Avec il a gagné le Nébula, le Hugo et le Memorial Philip K. Dick), Mona Lisa s'éclate est son troisième, qui finit également la trilogie dite Sprawl Trilogy (vautrée, affalée...). Gibson aime beaucoup les trilogies puisqu'il enchaina The Bridge Trilogy, que je n'ai pas réussi à finir... Néanmoins, les histoires étant indépendantes les unes des autres on peut attaquer par n'importe lequel (sauf par Nécromancien). Le résumé de Mona Lisa s’éclate ? Des industries extrêmement riches, des pauvres extrêmement débrouillards, un super cerveau bioélectronique pour lequel les riches vont avoir besoin de pauvres, et hop, c'est parti !


Dans Mona Lisa s'éclate Gibson pousse le côté punk jusque dans la narration. Il y a pléthore de personnages, d'ambiances, de rythmes en fonction des situations, un déferlement de marques industrielles futuristes, un argot tout aussi futuriste, et des personnages tellement imbriqués qu'une personnalité multiple est même envisageable. Honnêtement, ça ne facilite pas la compréhension, mais l'effort d'imagination que nécessite la dite-compréhension est pour le moins intense et donc enrichissant, c'est déjà un bon point. Et si comme moi vous aimez imaginer la suite de l'histoire au fur et à mesure que vous la lisez vous risquez de perdre un peu pied. En somme, Mona Lisa s'éclate est plus punk-cyber que cyber-punk. Malgré tout, les éléments se mettent petit à petit en place et l'histoire prend tout son sens en même temps qu’elle prend forme.


Il faut reconnaître à Gibson un sacré talent descriptif. En peu de lignes il réussit à poser un décor criant de vérité-sur lequel on arrête assez vite de coller le noir obscur et le rouge velours du steam-punk que l'on pourrait subodorer au début. Sa description d'un individu branché de partout sur un lit médicalisé qui pénètre un semblant de décharge vaut vraiment le détour. Ce n'est pas compliqué: j'y étais. La galerie de personnages est intéressante, à croire qu'il existe un univers physique par protagoniste. Enfin bon, bref, ce n'est pas facile à lire. C'est très imaginatif. C'est rémunérateur si on le travaille jusqu'au bout. C'est très cyber-punk. C'est un sacré bordel et c'est sacrément plaisant. Mon prochain Gibson sera La machine à différences, coécrit avec Bruce Sterling qui lui a mis le pied à l'étrier en publiant ses premières nouvelles.

Boris

lundi 27 juillet 2015

Les lectures de Boris : La Digitale


Ecrit par Alfred Boudry
Publié en 2010 chez Actu SF
ISBN 978-2-917689-20-2

Alfred Boudry vient du monde du spectacle. Il est metteur en scène, rédige des règles de jeux de société, traduit des manuels d'informatique, et autres joyeusetés de ce genre. En particulier il est auteur et animateur de la Bibliothèque Nomédienne, OVNI de la SF que je vous conseille d'aller voir de plus près, ça a l'air passionnant. Mais parlons ici de La Digitale. Comme le dit la quatrième de couverture, "...un polar futuriste dynamique...". Et c'est peu de le dire. Je ne sais pas si j'ai attaqué le livre sur un rythme trop élevé ou si je me suis fait engloutir, mais "dynamique" me paraît un peu faiblard. "Hystérique" semble plus approprié. Et 179 pages ça fait peu, on en veut plus !


Alors d'accord, c'est vrai, le côté polar est un peu léger. En tout cas l'intrigue est un peu succincte. Les tentatives de suspense tombent à l'eau car dénouées facilement par le lecteur. De plus, un bandeau accompagne le lecteur au fil du livre, et si l'on y prête un peu attention il foudroie la fin. Par contre les sujets que Boudry avait envie d'aborder crèvent les yeux: justice, inégalité sociale, informatique futuriste (et crédible pour l'essentiel : Ce n'est pas une projection en l'an 3000 après la Deuxième Apocalypse!?!), népotisme et quelques autres un peu plus noyés. Mais là n'est pas, Boudry me pardonnera, le plus intéressant. C'est bel et bien le style qui vaut le détour. Ce n'est pas compliqué: l'auteur s'éclate ! Et ça va du jeu de mot pourri (5 pages pour aboutir à "Hou ! Li-po ?") à l'humour absurde (la généalogie est un vrai bonheur: du magnifique n'importe quoi !). Les références à son univers quotidien sont nombreuses et bien vues, ainsi un hospice de vieux s'appelle "le sacre du printemps".


Et point de vue rythme, c’est dément. Personnellement j'ai rincé la bête d'un seul coup, malgré un démarrage difficile ne sachant si le traitement était terriblement malin ou parfaitement con. Ce n'est pas évident de trouver un équilibre entre la vitesse de narration et la futilité des personnages mais finalement j'ai abouti dans ma quête de sens et j'ai écouté Boudry passer ses nerfs sur du papier, avec beaucoup de plaisir pour lui comme pour moi. En gros je ne le conseille pas à tout le monde. Si vous aimez la grosse cavalerie, êtes exigeants sur le sens, la forme et l'histoire, passez votre chemin. Si vous aimez les petits objets curieux et intrigants ce livre est pour vous. Il est sans prétention mais je suis très content de le posséder (et je ne le prête pas !).

Boris

mercredi 22 juillet 2015

Les lectures de Boris : Drone


Ecrit par Neal Asher
Publié en octobre 2010 au Fleuve Noir
ISBN 978-2-265-08916-7

Sympa ce petit truc... 296 pages, c'est écrit gros, ç'est bien divertissant, ça passe vraiment sans effort ! Drone est un roman d'aventure où l'on suit, à grands coups de flashbacks, la genèse d'un agent du Polity, organisation politico-militaire inter-galactique issue de l'univers habituel de Neal Asher. On éprouve un certain plaisir à retrouver les Pradors, leur organisation sociale déroutante, leur caractère exécrable et leur technologie inhabituelle mais étonnamment semblable à celle des humains. C'est du bon gros cafard comme je les aime !


Dans l'ensemble, comme souvent chez Asher, l'univers décrit est intéressant. C'est riche, varié, même si l'auteur s'autorise à développer quelques avancées technologiques à priori physiquement impossibles (mes excuses pour l'intégrisme terre à terre dont je fais preuve!). Et puis c'est vrai que dans un univers en guerre les sociétés ne sont pas mises en valeur, au profit des militaires et de leurs accessoires. Quoiqu'il en soit le rapport au corps d'un individu servi par une médicalisation très efficace est toujours intéressant, et Asher s'est plutôt bien amusé.


On aura remarqué dans les lignes précédentes une petite odeur de déjà-vu, et c'est bien là que le bât blesse. La créativité est un peu mollassonne. Peter F. Hamilton n'est jamais loin, par exemple... A regretter également un dénouement décevant à mon goût. Même si on a déjà eu l'occasion de lire bien pire, ou bien plus puissant, faites votre choix. Malgré tout, j'ai pris à la lecture de ce bouquin un certain plaisir et même un plaisir certain car Drone est un roman court, au rythme soutenu et aux portes grandes ouvertes vers un univers plus important.

Boris

dimanche 5 août 2012

Les lectures de Boris : Dix sur l'échelle de Richter


Ecrit par Arthur C. Clarke & Mike McQuay
Publié en 2001 chez J'Ai Lu

Alors Arthur C. Clarke (cf. photo ci-dessous) je ne vous fais pas l'affront d'une présentation. Mike McQuay, par contre, est une découverte. Né en 49, mort en 95, il n'a pas eu le temps d'être très prolixe. Je n'ai pas trouvé confirmation, mais il y a des chances pour que le manga animé Memories soit une adaptation de son roman éponyme. Pas mal de collaborations, quelques oeuvres personnelles, sa biographie est plutôt
discrète.

Pas comme sa trace dans le livre. Je ne sais pas pourquoi Clarke a fait une collaboration avec un auteur. Jusqu'à présent, des livres que j'ai lu de lui en co-écriture, il trouvait un collaborateur entrainant. Un spécialiste de cosmogonie, un physicien, un astrophysicien, des gens qui permettaient d'en faire plus, quoi. Là ils ont vraiment fait un roman de gare.


Comme son nom l'indique, 10 sur l'échelle de Richter parle de tremblements de terre. Surpris ? Les personnages sont très stéréotypés, même quand les auteurs atteignent le trans-genre, et ça c'est très fort ! Avoir autant de place pour faire quelque chose d'aussi étriqué est vexant pour le lecteur. L'histoire-même est d'un acabit identique, faite de poncifs, d'arguments spécieux aussi bien côté traditionaliste que progressiste. Je suis allé au bout du livre car d'une: c'était facile, de deux: la fin sauvera-t-elle le reste ? Malheureusement je me suis promis de parler de livres sans les raconter, alors assumez vos choix de lectures !


Ce que j'avais lu de Clarke qui soit le plus proche était Les fontaines du paradis (si mes souvenirs sont exacts), et ce n'était pas très brillant. Je ne m'explique toujours pas que Les fontaines aient eu le Nébula et le Hugo. En tout cas on est très très loin de la série L'Odyssée de l'espace, ou mieux encore, les Rama. Alors d'accord je suis peut-être plus sensible à l'espace qu'à la terre, mais la qualité scénaristique, la crédibilité des personnages, les prospections anticipatives et les sociétés décrites sont d'un autre tonneau. Concédons tout de même que l'on peut difficilement demander à quelqu'un d'être parfait chaque fois, et qu'un livre moins bien (voire pas bien) met en valeur les plus réussis, et que la majeure partie de l’oeuvre de Clarke vaut largement le déplacement. D'ailleurs ce n'est pas compliqué, on ne peut pas aimer la SF sans lire un peu de Clarke, mais un autre, peut-être ?

Boris

mardi 24 juillet 2012

Les lectures de Boris : City


Ecrit par Joël Houssin
Publié en 1983 chez Fleuve Noir / Anticipation
ISBN 2-265-02333-7

Disons le tout de suite : c'est bien ! Par contre je me demande si je ne suis pas dans un cycle. En ce moment j'apprécie beaucoup les romans cyber-punk dont la construction suit celle d'une nouvelle, c'est-à-dire : pas de fioritures, droit au but, bastons en règles et tout le toutim. J'en déduis que je rajeunis.

J'admets que les qualités rythmiques de ce bouquin (qui avance à une vitesse folle) tiennent probablement du fait que Houssin écrit surtout du polar. Du Navarro comme du Commissaire Moulin, et surtout du Dobermann réalisé par le gobeur de cactus. Et ça donne à l'auteur une très bonne maîtrise de l'argot et de la vulgarité, en conservant ses personnages dans une réalité palpable donc crédible. Soit dit en passant, il a tout de même eu deux fois Le Grand Prix De L'Imaginaire (en 86 pour Les Vautours et en 92 pour Le Temps Du Twist) et en 90 Le Prix Apollo pour Argentine. Ça pose un peu le bonhomme tout de même...


En deux mots : pas d'apocalypse, les hommes n'ont pas eu besoin de ça pour tout ravager. Le système politique est simple : les candidats se retrouvent sur un ring, se tapent dessus, et celui qui passe tous les tours est président, « défiable » à tout moment par n'importe quel prétendant (prétendants élevés dans les multinationales). Par extension c'est l'anarchie totale dans la rue, où la transmutation crée genres et castes. La paix sociale (qui ressemble plus à de la dératisation) se fait par le biais de Nettoyeurs, aux véhicules parfaitement létaux et très efficaces. Histoire de pimenter le tout le président décide de venir s'installer dans le quartier le plus pourri de la ville.
N'allez pas croire que je raconte le livre, là on doit être à la page 15 à tout rompre.

J'aime aussi l'anticipation quand ça en est, et là c'en est. Houssin dresse un tableau extrêmement pessimiste mais très crédible de l'évolution politique qui influe sur la société, faisant assumer aux gouvernants leur responsabilité. Les répercussions économiques sont, bien sûr, là aussi, puisque le politicien est un produit. Il en profite également pour illustrer cette capacité d'obéissance de l'homme, se cachant derrière les ordres reçus (système de défense des SS lors de leurs procès). L’auteur sous-entend la nécessité de faire gaffe, tout le temps.


Maintenant il ne faut pas se mettre martel en tête, le bouquin reste simple, n’est pas alourdi par des tonnes de théorie, et du haut de ses 180 pages il se dévore en une heure. Mais ce faisant, comme je l'indiquais au début, City synthétise le meilleur de ce genre de littérature à publication mensuelle, à l'histoire passionnante, aux sujets intelligents et à l’illustration adroite.
Un beau boulot de genre, vraiment.

Boris

jeudi 10 novembre 2011

Les lectures de Boris : Ténèbres sur Diamondia


Ecrit par A.E. Van Vogt
Publié en 1974 dans la collection SF
J'Ai Lu
N°515

Bien, bien, bien... en début de publication Van Vogt remercie Fred Pohl (rédac'chef de Galaxy) pour l'avoir poussé à se remettre à écrire. Je ne sais pas si les fans de SF ont raté des étapes ou si Van Vogt a continué de s'intéresser à des choses comme la sémantique générale (cf La Trilogie Du Ȧ), mais en tout cas il a progressé !
Le résumé ? En gros, des descendants des terriens se sont installés sur Diamondia, planète tempérée, et ont des problèmes avec les autochtones. Ces derniers ont à la fois des tentacules et un cerveau, et ils en ont marre d'être les larbins des terriens. Des terriens qui, d'ailleurs, n'en sont plus vraiment puisque leur présence trop longue sur Diamondia a sérieusement altéré leur aspect. Chaque camp a son lot de rebelles, de partisans et de neutres. S'ajoute à cela un héros (terrien) qui peut, grâce à une machine conçue par les autochtones, se balader d'esprit en esprit, et qui est un logicien primaire abouti... alors et seulement alors le lecteur s'approche du bordel ambiant.


Aucun doute, Van Vogt avait envie de se faire plaisir. Bon, il abuse un peu tout de même des surprises scénaristiques, qui décidément tombent étonnamment bien, mais il reste très fidèle à ses vieux principes d'évolution de l'homme, de l'utilisation atrophiée de son cerveau et, par extension, du gâchis qu'est son quotidien (celui de l'homme, pas de Van Vogt). Autant il admire éhontément la technologie humaine, autant les rapports sociaux l'affligent clairement. C'est d'ailleurs le plus étrange chez lui : il ne s'intéresse pas tant que ça à la politique ou à la moralité (les diamondiennes sont à peu près toutes prostituées). Les minorités, l'injustice, la méchanceté, et autres thématiques sociétales ne servent qu'à décrire des personnages et ne sont jamais le sujet de l'histoire.


Van Vogt a rudement progressé. Il réussit, ici, à condenser en 250 pages les trois tomes du Ȧ, avec toutes les conclusions pré-digérées de penseurs non-identifiés dont il s'est abreuvé pendant qu'il n'écrivait pas, exactement comme son trip de pensée non-aristotélicienne issu de la sémantique générale d'Alfred Korzybski. Ténèbres sur Diamondia est vraiment compliqué à suivre, cet ouvrage est donc réservé aux inconditionnels de Van Vogt!
Boris

jeudi 20 octobre 2011

Retour en force !!!

Nous voici de retour après deux semaines d'absence (même si l'émission n'a pas connu de pause), et le programme s'annonce chargé ! Tout d'abord, après la critique de War land qui devait être publiée la semaine dernière, retrouvez nos derniers coup de coeurs en matière de lecture.


Pour commencer l'hilarant Ca l'affiche mal ! du légendaire fondateur de Mad Movies Jean-Pierre Putters aux éditions Le bord de l'eau (collection La Muette). JPP vous en dira plus sur cet ouvrage dans une de nos prochaines émissions.


Encore au rayon lecture, L'impasse de Gene Kerrigan à la Série noire (Gallimard).


Toujours au rayon bouquin, la suite des lectures de Boris, avec A.E. Van Vogt au programme et son méconnu Tenèbres sur Diamondia (J'ai lu-SF).


Ensuite, un bouquin qui nous a tous, jeunes quarantenaires ou presque, plongés dans une nostalgie fort agréable, Nos années Strange de Sébastien Carletti et Jean-Marc Lainé (Flammarion).


Côté galette, nous vous proposons un petit film fort mignon qui ressort en DVD et Blu-ray collector chez Opening cette semaine : Cannibal holocaust de Ruggero Deodato auquel nous consacrerons, dans les semaines qui viennent, une chouette émission.


Pour finir en beauté, un cliché pris par Poplephi lors de l'interview de Maïwenn réalisée par notre Thomas Roland préféré concernant le film Polisse... bientôt dans votre émission favorite : Culture Prohibée.