Ce blog est celui de l'émission radiophonique Culture Prohibée. Produite et animée par les équipes des Films de la Gorgone et de Radio Graf'Hit, Culture Prohibée vous invite, chaque semaine, à découvrir divers aspects de la contre-culture à travers des émis-sions thématiques (le mouvement beatnik, le polar, la presse cinéma, le rock alternatif, le giallo, etc.) et des rencontres passion-nantes (interviews de Dario Argento, Bertrand Tavernier, Philippe Nahon, Costa-Gavras, etc.). Culture Prohibée est une émission hebdomadaire d'une heure diffusée le mardi à 17H sur les ondes de Radio Graf'Hit (rediffusions le samedi à 10H et le dimanche à 23H), une radio compiègnoise (Oise) du Réseau Ferarock. L'émission est également diffusée sur d'autres antennes : Radio Active 100 FM à Toulon, Radio Ballade à Espéraza, Radio Béton à Tours, Clin D'Oeil FM à Sophia-Antipolis, C'rock Radio à Vienne, Radio Valois Multien à Crépy en Valois et Radio Panik à Bruxelles.
Ce blog constitue un complément à l'émission en vous proposant des interviews inédites, des prolongements aux sujets traités à l'antenne ainsi qu'un retour détaillé sur les sorties DVD et bouquins que nous abordons "radiophoniquement". Autre particularités du blog, vous fournir le sommaire détaillée ainsi que la playlist de chaque émission. Pour plus d'infos, vous pouvez vous connecter sur le FB de l'émission en cliquant ici.
Vous pouvez écouter et télécharger l'émission sur le site des Films De La Gorgone.

lundi 22 août 2016

Le bon son de l’Amiral : Short Eyes


C’est en 1977 que sort sur les écrans américains Short Eyes que l’on pourrait aisément qualifier, si on accordait le moindre crédit au superstitieux, de maudit. Un grand nombre de talents ayant œuvré sur cette bobine sont ensuite tombés dans l’anonymat, voire pire. Ce film est tiré d’une pièce engagée à succès sur l’univers carcéral signée par Miguel Pinero (qui interprète ici un petit rôle). Ce dernier écrit cette dramatique embastillé pour cause de participation à une attaque à main armée. Il n’assiste pas à la première car il est toujours au trou. Il redistribue l’argent gagné sur ce film à ses potes prisonniers et sans-abris. Il sort du violon fin 1977 et poursuit une carrière d’acteur de second plan dans la quasi-totalité des séries télés US de l’époque (Kojak, Les Rues De Los Angeles, Miami Vice) ; il décède prématurément à 42 ans en 1988 et retombe dans un anonymat injuste. L’un des acolytes artistiques de Pinero, avec qui il tourna souvent, est Tito Goya, deuxième couteau intense dans quelques grosses productions comme Marathon Man (John Schlesinger-1976) et All That Jazz (Bob Fosse-1979) ; il connaît lui aussi une triste fin, huit mois après la sortie du film il est arrêté pour meurtre puis assassiné par pendaison en 1985 par un codétenu. Il succombe à l’univers carcéral qui lui avait apporté la renommée à travers sa composition de Cupcakes dans Short Eyes. Tout aussi terrible est la destinée du génie qui composa la bande originale de ce film, celui que l’on surnommait le Bob Dylan noir : Curtis Mayfield.


Alors que l’on célèbrera en 2019 les vingt ans de sa mort, Curtis Mayfield, tétraplégique depuis le 14 août 1990 lorsqu’il reçoit, durant un concert, un projecteur sur la tête, reste inconnu de la presque totalité du public européen sauf, bien sûr, des amateurs de soul music. Il est éclipsé, dans l’inconscient collectif, par d’autres légendes comme Marvin Gaye ou Stevie Wonder. Alors qu’aux USA il est, à juste titre, considéré comme un des plus grands compositeurs de tous les temps-voir, à ce sujet, le nombre de longs métrages qui utilisent ses chansons : près d’une centaine depuis le début des 90’s. C’est par une B.O. qu’il se fait connaître des « soul fans » du monde entier, celle de Superfly. Une claque monumentale composée de morceaux incroyablement groovy aux paroles terriblement sombres, une légende est née. L’ex chanteur des Impressions, groupe pour lequel il avait composé, excusez du peu, l’hymne du Black Power intitulé We’re A Winner et celui du Mouvement des droits civiques, Keep On Pushing, entame sa carrière solo sous les meilleurs auspices, ses textes engagés font écrire à Bob Donat du célèbre Rolling Stone Magazine : « le message anti-drogue de Mayfield est bien plus fort, en réalité, que le film lui-même ». Paradoxalement, il signe très peu de B.O. (six entre 72 et 77) et continue une carrière jalonnée de succès dont une palanquée de classiques comme Back To The World, Miss Black America, Move On Up.


L’une de ses dernières partitions pour le cinéma est celle de Short Eyes, 36mns pour huit morceaux d’une puissance extraordinaire. Une soul rageuse aux textes durs comme sur Short Eyes/Freak Freak Free Free et Back Against The Wall, des lyrics sans angélisme sur les détenus mais aussi au fait de la dure réalité carcérale. Do Do Wap Is Strong In Here, qui ouvre l’album, est une véritable démonstration de force, à la performance vocale s’ajoute un final affolant aux percussions endiablées qui contraste avec le monstrueux solo de guitare électrique qui clôture Back Against The Wall. Si Need Someone To Love, Break It Down et Another Fool In Love sont du pur Mayfield avec violon, flûte, piano et cuivres, A Heavy Dude et Short Eyes retrouvent la force évocatrice d’un titre tel que Freddy’s Dead (cf. Superfly) : c’est le son de la rue ! Curtis Mayfield a bien compris ce qu’il y a de pertinent dans la construction d’une B.O., il utilise des moments clés du film pour construire des scénettes, ce qui donne une véracité très puissante à ses textes. Les personnages de ses chansons sont ainsi excellemment bien caractérisés. Short Eyes se conclut par une instru roublarde, Father Confessor, dont la sérénité (un qualificatif qui sied à merveille à de nombreuses compositions de ce « soul master ») est troublée par un solo de guitare dissonant car comment trouver la rédemption lorsque l’on vit en cage ? Curtis ne donne aucune réponse : la classe absolue. Alors ruez-vous sur toute sa discographie parue chez Charly et entièrement disponible à prix réduit (4,99€ le CD, qui dit mieux ?), quant aux collectionneurs fous de 33T jetez-vous sans plus attendre sur le superbe Curtis In Chicago (Curtom -1973), aussi bon que le Live In Japan des Temptations ( EMI -1975), c’est dire !!!
Admiral Lee

Short Eyes, film étasunien de Robert M. Young (1977, 100 minute s). Avec Bruce Davison, José Pérez, Nathan George, Don Blakely, Tito Goya. Disponible en DVD zone 1 (VO) chez Wellspring Media . BO sorti en vinyle chez Curtom (1977) et en cd chez Charly (2006)


mercredi 17 août 2016

Le bon son de l’Amiral : Colors


Lorsque sort sur les écrans le film Colors de Dennis Hopper, en 1988, le hip hop aux USA est un mouvement en plein essor. La communauté noire en est la première actrice, elle sera ensuite rejointe par les latinos. Ce film raconte l'histoire de deux flics très différents (incarnés pas Sean Penn et Robert Duvall) au beau milieu d'une guerre des gangs californienne meurtrière qui oppose les blacks aux chicanos. La bande son de ce long métrage est essentiellement composée de morceaux de rap, des titres qui ont marqué l'histoire du mouvement hip hop.
La bande originale s'ouvre par le morceau Colors, interprété par Ice T (Tracy Marrow), aujourd'hui acteur à la filmographie bien chargée, qui a tourné dans des films a gros budgets (Johnny Mnemonic) comme dans des productions fauchées sympathiques (Leprechaun 5) ou des séries télévisées (New-York Unité Spéciale). Le refrain, à la ligne de basse digitale typique des morceaux « west coast », et les couplets délivrés par Ice T sont très calmes et contribuent à créer une ambiance bien pesante. Pas étonnant que ce titre ai fait décoller la carrière d'Ice T. Il est très réussi, parfait pour ouvrir cette bande originale.


Six Gun (44 Mag Mix) de la Decadent Dub Team est un morceau très « breakdance », chargé en petits échos assez fins. Puis le trio féminin Salt 'n Pepa pose ses textes sur un sample de batterie avec un flow puissant. Simple et efficace, le morceau Let The Rythm Run nous porte toujours plus loin dans cette ambiance getthoïsante en nous narrant le quotidien d’un quartier chaud. Le titre suivant, Raw, de Big Daddy Kane, est un morceau très bien construit, à l'instrumentale claire et qui comporte une série de scratchs dont tous les amateurs de rap sont friands. Raw est un classique du genre, tout comme l'est le titre suivant Paid In Full (Cold Cut Remix) d'Erik B & Rakim. Une chanson de sept minutes qui mêle rap, instrumental de qualité, chant envoûtant (Ofra, qu'on oublie souvent, a vu sa carrière décoller après ce remix, surtout en Allemagne où son morceau Im Nin Alu a atteint directement la première place du hit parade), samples efficaces et scratchs excellents.


Kool G Rap enchaîne avec Butcher Shop, un rap qui ne fait pas dans l'ego trip, juste une vision du ghetto, de son ghetto, typiquement américain. Puis il laisse sa place a The A73 qui interprète Mad Mad World, un morceau aux textes réalistes, voir pessimistes, dont la vie dans la rue est encore le thème. Roxanne Shanté vient ensuite poser ses textes conscients dans Go On Girl. Les scratchs et samples (archi connus mais tellement bons-dont le « oh yeah » de James Brown) ainsi que le texte invitant les femmes à s'imposer dans ce milieu masculin font de ce morceau, encore aujourd'hui, un incontournable. Le morceau suivant, A Mind Is A Terrible Thin To Waste de Mc Shan, est lui aussi incontournable : Instrumental jazzy, scratchs simples mais néanmoins efficaces, phrasé juste et pointu. C'est Rick James, l'un des artistes les plus populaires du label soul mythique Motown dans les années 80, qui conclut ce disque par Everywere I Go. Le « King of Punk Funk » nous livre, comme à son habitude, un rap funky, parfait pour conclure un album emblématique de la fin des eighties. Cette bande originale est tout simplement indispensable, c’est un condensé du meilleur de ce que produisait, à l’époque, le grand jazzman Herbie Hancock : A acquérir absolument pour tout amateur de rap.
Admiral Lee

Colors, Film étasunien de Dennis Hopper (1988), 120 minutes, avec Robert Duvall & Sean Penn. Disponible en DVD zone 2 chez MGM. BO sortie en CD en 1988 chez Warner Bros puis réédité en 1994.


mercredi 10 août 2016

Le bon son de l’Amiral : Rockers


Après vous avoir délaissés quelques jours, le temps de vacances bien méritées, notre blog reprend du service avec une nouvelle rubrique, Le bon son de l’Amiral Vous pourrez y découvrir quelles sont les bandes originales de films que préfère Admiral Lee, le programmateur musical de notre émission radiophonique Culture prohibée. Il ouvre les hostilités avec un skeud made in Jamaïca : Rockers.
En effet, pour tout amateur de reggae, l'écoute de la bande originale de Rockers est vraiment incontournable, au même titre que le visionnage du film. Ce disque garantit un bon moment que ce soit en sound system(1) ou tranquillement allongé dans son canapé (d’autres options d’écoute sont possibles, bien entendu) ! Ces morceaux, presque tous inédits, ont été enregistrés à Tuff Gong & Aquarius (2) et mixés par Errol Brown. Ils illustrent parfaitement ce film écrit et réalisé par Ted Bafaloukos en 1978 qui met en scène le batteur de Burning Spear(3) : Leeroy « Horsemouth » Wallace. Le pitch est simple, Lee « Horsemouth » Wallace s’est fait voler sa moto, et il doit la retrouver pour bosser ! Rockers met aussi en scène d'autres piliers du mouvement reggae comme Robbie Shakespeare, Dillinger, Big Youth et d'autres...


La BO s'ouvre sur We a Rockers (Inner circle(4)), chanté par un Jacob Miller au sommet de la gloire, son « he's a rocker, she's a rocker » est idéal pour débuter ce LP. Suit ensuite Money Worries (Maytones) et le classique Police and Thieves de Junior Murvin (un tube énorme en Jamaïque mais aussi en Angleterre où ce titre a été repris par The Clash avec brio(5)). Ce titre relate parfaitement la situation en Jamaïque à cette époque : Une police violente qui réprimande sauvagement les rastas qui n'ont grossièrement que le reggae ou le banditisme pour vivre. Le son Roots Rock Reggae de The Heptones relaie ce morceau, on se laisse porter par un morceau enregistré « à l'ancienne », un micro dans le studio et « record !!!! » (méthode propre à l'époque, malheureusement). Stepping Razor de Peter Tosh(6) vient ensuite nous faire franchir un nouveau palier, avec ses petits solos de guitare, son texte engagé et enragé. Peter Tosh nous envoie un message fort, tout comme le fait ensuite Jacob Miller, en solo, avec Tenement Yard puis Junior Byles avec son Fade Away (en français « disparaissez »)… petit extrait traduit « le riche devient plus riche chaque jour / et le peu que possède le pauvre sera pris / entendez vous ce que je dis? ». Une nouvelle version de ce morceau signée Million Stylez (cocorico : un DJ/chanteur d’origine franco-japonaise !), avec une basse digitale est ressortie en 2006, à écouter de toute urgence !


On retourne la galette pour débuter la face B… le Wailer (7) Bunny Wailer nous gratifie d'un « Rockers » riche en émotions, suivent Gregory Isaacs (Slave Master ), The Upsetters (Dread Lion ) et Kiddus I (Graduation in Zion ). Le voyage continue, les textes restent bien écrits et très réalistes. Burning Spear nous scotche ensuite avec son puissant Jah No Dead version a capella (reprise en 2005 par Sinead O' Connor). Un morceau poignant et puissant qui colle à nos tympans et qui, comme tous les morceaux de cet album, est un vrai cri du cœur. Satta Amasa Gana , le morceau suivant, est tout simplement excellent. Envoûtants par leur façon de chanter et de jouer ce morceau, les membres de Third World reprennent ce classique reggae des Abyssinians avec brio, sûrement le meilleur morceau de leur carrière. Cette BO se referme sur Natty Take Over de Justin Hinds and the Dominoes, un titre très « rocksteady(8) ». Pas anodin comme choix, cette chanson invite les « youths » à se reprendre… « le moment est venu » !
Admiral Lee


(1)Sound system : Au sens strict, le terme sound system (en français « système de sonorisation ») désigne le matériel de sonorisation utilisé lors d'une fête. Par extension, il désigne également le groupe d'organisateurs de soirées mettant ce matériel à disposition. En Jamaïque, un sound system est une sorte de concert ou soirée itinérante extrêmement populaire. Le sound system peut-être considéré comme une sorte de discothèque ambulante. La scène des sound systems est généralement considérée comme une part importante de l'histoire culturelle jamaïcaine. Le maître du sound system est le disc jockey (DJ), la grande gueule : Un des premiers à avoir enflammé la Jamaïque avait pour nom King Stitt, qui, avant U Roy et Big Youth, ne disait aucun texte mais criait et admonestait l'assistance. Pour la plupart des gens, analphabètes, ne lisant pas les journaux, le sound system était un bon médium d'information sociale, les DJs abordant souvent des thèmes d'actualité. Les DJ's sont épaulés par les sélecteurs, qui choisissent les versions instrumentales sur lesquelles le DJ posera ses rimes.


(2) Tuff Gong & Aquarius : Tuff Gong & Aquarius sont deux studios historiques. Le Tuff Gong Studio est le mythique studio jamaïcain de Kingston, la capitale, créé par Bob Marley afin de s'affranchir des pressions des producteurs jamaïcains de l'époque et ainsi s'exprimer pleinement dans ses albums. Au fil du temps, enregistrer un album à Tuff Gong est devenu un gage de qualité sans pareil pour un artiste de reggae. Le Tuff Gong Band est composé de Leeroy Horsemouth Wallace, Stykie Tompson, Sly Dunbar, Earl Chinna Smith, Erol Holt & Strykland Stone. Aujourd'hui le studio Tuff Gong fait partie des derniers studios encore en activité à Trenchtown (le quartier défavorisé de Kingston) et est toujours géré par la famille Marley (Damian, Stephen, Ziggy, Ky-Mani & Rita). Damian Marley & Stephen Marley y enregistrent leurs albums, ainsi que Pierpoljak qui y enregistre depuis dix ans. On notera encore Doniki, Israël Vibration, Sizzla, Tiken Jah Fakoly, Yaniss Odua, Horace Andy et d'autres. Aquarius Records (1957-1972) était la propriété de Herman Chin Loy, c’est là que certaines légendes firent leurs premières armes, notamment Augustus Pablo ainsi que The Hippy Boys (futurs Wailers). Mr Chin Loy est le cousin de Leslie Kong. Leslie Kong, qui est né en 1933 et mort en août 1971, était un producteur de reggae jamaïcain d'origine chinoise. Il était le propriétaire du label Berverley's et a produit, entre autres artistes, Ken Boothe, Jimmy Cliff ou encore Desmond Dekker.


(3)Burning Spear : Burning Spear (de son vrai nom Winston Rodney, né le 1er mars 1948 à Saint Ann's Bay en Jamaïque) est un chanteur et musicien de reggae. Figure historique du mouvement avec Bob Marley et The Gladiators, ses paroles défendent le peuple dont il est issu, l'héritage et la cause rastafari. Il est également un des premiers et seuls chanteurs de reggae à chanter à la gloire de Marcus Garvey.
(4)Inner Circle : Ce groupe est célèbre pour son morceau Bad Boys repris dans la BO du film homonyme avec Will Smith (Michael Bay-1995).
(5)The Clash : Reprise présente sur le premier album intitulé The Clash (1977).
(6)Peter Tosh : Peter Tosh (de son vrai nom, Winston Hubert McIntosh) est un chanteur, guitariste, organiste et auteur compositeur de ska, de rocksteady, de reggae et de soul, né le 9 octobre 1944 à Church Lincoln, Grange Hill, dans le Westmoreland en Jamaïque, et mort le 11 septembre 1987 à Kingston. Il est, avec Bob Marley, une des figures emblématiques du reggae et de la spiritualité Rasta.
(7)The Wailers : The Wailers est un groupe jamaïcain fondé en 1963 par Nesta Marley, Neville Livingston & Winston McIntosh. La formation la plus célèbre accompagna Bob Marley.
(8)Rocksteady : Le Rocksteady est le résultat de la transformation du ska, rythme à quatre temps, en tempo binaire, plus lent, avec un peu moins de cuivres, mais plus de claviers et de chant.


Rockers, film jamaïcain de Ted Bafaloukos (1978, 71 minutes). Avec Leeroy “Horsemouth” Wallace, Dirty Harry, Monica Craig, Jacob Miller, Burning Spear, Gregory Isaacs. Disponible en DVD zone 0 (VO non sous-titrée) chez MVD (sorti autrefois en VHS NTSC VO non sous titrée chez Wienerworld). BO sorti en vinyle chez Mango (1978) et en cd chez Uni/Mango (1990).

dimanche 24 juillet 2016

Les lectures de Boris : Les goulags mous / La brigade des télépathes


Ecrit par Jacques Mondoloni
Publié en 1984 au Fleuve Noir puis réédité en 1998 chez Florent Massot et en 2008 chez Mélis
ISBN (F.M.) 2-908382-74-1

Le petit père (du peuple) Mondolini est un Français. Grand prix de la science-fiction en 83 pour Papa 1er, il écrit de tout, polar, littérature jeunesse, SF, roman noir... Fin de la quatrième de couverture. Mais là, ce qui nous amène, c'est de la SF. Ou plutôt une uchronie. Encore que, ce n'est que le premier tome de la série des Goulags mous. En gros: le communisme règne sur la planète, à part en Amérique. Le système est basé sur une surveillance effectuée par une brigade de télépathes. Et forcément ça ne se passe pas vraiment idéalement. Le schéma global de la narration est très classique, avec la chute d'un individu puis sa rédemption. Si vous avez lu du Jodorowsky, vous connaissez, il nous fait le coup chaque fois. La particularité étant dans le parcours du personnage principal, ce qu’il subit. Je n'en dis pas plus, mais le traitement de l'histoire est bien vu.


Le livre est une critique intéressante des totalitarismes. C'est le communisme qui sert de cadre, mais qu’y-a-t-il de plus proche d'une dictature de gauche qu'une dictature de droite ? D'autant plus qu'un des slogans de propagande récurent cité dans l’ouvrage dit "et comme Carthage l'Amérique sera détruite", phrase adaptée de Jean-Hérold Paquis, collabo pendant 39-45, chroniqueur à Radio-Paris et facho abouti. On peut toutefois regretter que Mondoloni ne développe pas plus la situation américaine, qui ressemble à une belle anarchie joyeusement rétrograde. Toutefois, c’est plutôt cohérent vu le récit, en effet, dans une dictature il n'y a pas de raison de faire de la pub pour l'ennemi. On pourrait faire un parallèle avec l’instrumentalisation, encore aujourd’hui, de la Légende du Démon Blanc (Div-e Sepid en Persan) du Mazandaran en Iran. Le texte est bien fichu à cet égard, on voit bien les articulations des divers instruments servant à manipuler un peuple.


L'autre aspect que j'ai beaucoup aimé est la télépathie. Qui tombe comme une plaie. Je ne sais pas si Mondoloni a fait exprès, mais c'est à nouveau un joli coup. En effet, comment conserver de l'intimité si quelqu'un est capable d'attraper au vol vos pensées ? Finalement, cet espionnage télépathique n'est qu'une forme évoluée du KGB, une capacité exceptionnelle utilisée à mauvais escient. Sans parler des ennuis causés aux télépathes ! Mondoloni souligne ici moult problèmes liés au fait d’avoir un trop grand pouvoir. Surtout lorsque, sous couvert de moralité, de lutte contre le crime, contre la délinquance, la télépathie se transforme en outil de lutte contre les pensées déviantes. L’engrenage des emmerdes à la pelle devient infini. Il y a fort à parier que si des télépathes existaient, ils constitueraient un véritable fantasme pour tout dictateur qui se respecte !


Le seul regret que j'ai à émettre est que le roman ne soit pas plus long. En étoffant ses personnages et en émaillant son histoire de quelques anecdotes, à la manière d'un Hamilton, Mondoloni aurait pu mettre plus de liant à moindre frais (oui, je sais, c'est facile... Je n'ai qu'à écrire un livre, quoi !) et rendre son univers plus riche, donc plus intéressant. Le cadre global est un peu trop manichéen et les personnages manquent un peu de profondeur. Mais j'ai lu le livre avec beaucoup d'intérêt ! Je l'ai même relu pour vous, car il m'avait laissé un sentiment d'inachevé il y a quelques années, et c'était bien mieux que dans mes souvenirs.
Enfin bref, moi je pars en vacances, en attendant trouvez un truc à lire… et lisez-le!
Boris

dimanche 17 juillet 2016

Les lectures de Boris : Mindstar 2 – Quantum


Ecrit par Peter F. Hamilton
Publié en 2010 par Milady
ISBN 978-2-8112-0414-3

Bon, normalement vous connaissez Hamilton (le type sur la photo, en dessous, c'est lui) : La trilogie du Vide, la trilogie de Pandore sont parmi les plus fameux, aujourd’hui nous allons aborder le tome 2 de la trilogie Mindstar. Le Peter, là, il a du avoir envie de faire un polar. Sur 511 pages il y en a 350 consacrées à la mise en place de la problématique dont bien 100 à montrer comment ses personnages sont mal embarqués. C'est assez long...c'est même très long... Ce n'est pas mal fait, c'est juste que ça dénote franchement avec ses ouvrages habituels qui, au bout de 10 pages, permettent au lecteur d’accéder au cœur de l'action. OK j'exagère, mais l'idée est là. Par contre au bout des 350 pages de Flaubert-détective (ouais j'exagère aussi mais j'ai trouvé ça vraiment long), il y a un violent coup d'accélérateur, à se demander ce que Peter a pris comme substances... Le syntho que consomment ses personnages ? A ce moment-là on retrouve vraiment le Hamilton habituel, et ça fait plutôt du bien, tant pis pour la violence du changement.


Pour ce qui est de la continuité de l'histoire par rapport au tome 1 (et ce qui change par rapport aux autres œuvres), no problemo, on peut sans soucis le lire séparément. Il y a bien sur des références au premier tome, mais qui sont assez anecdotiques. Alors d'accord, c'est toujours mieux quand on sait d'où sortent les personnages, mais finalement ça revient à regarder un film de SF sans les sous-titres pour les aliens. En général on comprend, même si j’me souviens d'une version russe de District 9 sans sous-titres, puis avec sous-titres : c'était mieux sans ! Par contre Milady, va falloir qu'ils fassent un peu attention quand même. L'image de couverture est lamentable, éhontément inspirée de Matrix, et la citation de quatrième de couverture est toujours la même, comme s'il n'y avait rien d'autre à dire sur Hamilton.


Enfin bon, revenons au bouquin dans lequel Greg Mandel doit élucider le meurtre du docteur Edward Kitchener, un spécialiste de la physique quantique. Je l'aime bien Hamilton car il sait effectivement coller du rythme à ses histoires, les alimenter intelligemment. Oui ses machines et ses procédés sont plus oniriques que scientifiques, mais il sait aussi les décrire suffisamment bien pour que ce soit crédible. Bref, à mon goût, Mindstar 2 – Quantum est, pour l'instant, le moins bon des Hamilton (même si j'aimerais bien avoir pu écrire n'en serait-ce que la moitié), et ça le rend intéressant à lire, on apprécie d'autant mieux les autres.
Actuellement je lis un Jacques Mondolini, un français, dont je vous parlerai une autre fois. En attendant, lisez !
Boris

vendredi 8 juillet 2016

Les lectures de Boris : Starfish


Ecrit par Peter Watts
Publié en 2009 chez Fleuve Noir / Collection Rendez-vous ailleurs
ISBN 978-2-265-08948-8

Peter Watts (cf. photo ci-dessous du zigue et de son chat) s'est fait connaître du public français avec Vision Aveugle, un "space opera" réussi mais assez pessimiste. Avec Starfish, en fait son premier livre originellement paru en 1999 dans les pays anglo-saxons, il nous emmène dans les abysses. Ça ne se déroule pas sur Terre. Ça pourrait, mais ce n'est pas nécessaire. En fait, ça se passe sur Terre, mais ça pourrait être ailleurs. Le huis clos est tellement oppressant que l’extérieur est subjectif. Bon, je reprends avec un peu de méthode… Des êtres humains améliorés travaillent dans les abîmes pour l'exploitation géothermique. Ils sont choisis parmi les cas sociaux (à caractère dangereux) car eux seuls peuvent résister à ces conditions d'isolement. Prenez un troupeau de psychopathes, trempez-les dans l'eau, laissez sécher sous cloche et répétez aussi souvent que possible. Vous obtiendrez une matière à roman admirablement exploitée par Watts.


La société à la surface a besoin d'énergie. C'est logiquement au plus près du cœur de la planète que l'échange thermique est le plus important. Une grosse entreprise exploite tout ça plus ou moins joyeusement, avec le dédain des grosses machines pour le menu fretin que sont les individus.
Pour couronner cette société, observée par le prisme des psychopathes, apparaît rapidement comme franchement barrée. Résumons mon résumé qui ne résume pas grand-chose : Des psychopathes sous l'eau, une société futuriste malsaine, une technologie avancée, un environnement étouffant et hypnotisant, des créatures marines que seul un biologiste marin comme Watts peut rendre crédibles, une base sous-marine qui n'inspire pas confiance, et je pourrais en rajouter.


J'ai passé toute ma lecture à naviguer entre Alien et Vol au-dessus d'un nid de coucous, le tout mâtiné de The Killer. Eh oui, c'est un parfait scénario de film, mais qui ne sera jamais produit car beaucoup trop sombre. Je reconnais, cette fiche de lecture est bordélique, mais c'est la marque de mon enthousiasme. Ce bouquin est une petite merveille. Les personnages sont délicieusement ciselés, les descriptions sont impeccables aussi bien en surface qu’en profondeur, à travers ce cauchemar Watts se permet de délivrer un message puissant… Bon, je ne vais pas vous le livrer, mais c'est vraiment ce que j'aime dans la SF, quand elle prend un caractère anticipatif et prospectif, et que si on continue d'être des cons c'est peut-être comme ça que ça finira, en attendant, Courage !
Boris

N.B. : La trilogie des Rifteurs dont Starfish est le premier volume est intégralement disponible en Pocket (cf. photo ci-dessous).

lundi 4 juillet 2016

Culture Prohibée en vacances


Chaque semaine vous écoutez Culture Prohibée sur les antennes de nos radios partenaires en France et en Belgique (cf. liens dans la rubrique ci-contre "Nous écouter sur votre poste de radio").
Chaque année, vous êtes de plus en plus nombreux, aussi nous vous adressons un grand merci pour votre soutien.
Comme tous les ans nous prenons nos vacances en juillet/août afin de vous revenir en pleine forme, en septembre, pour une nouvelle saison, la huitième.
Certaines des radios qui nous programment toute l'année pratiquent la rediffusion estivale, pour en savoir plus, allez consulter leur grille des programmes d'été.
Vous pouvez également ré-écouter nos anciennes émission en cliquant, ci-contre, sur la rubrique "Podcast".
Rendez-vous à la rentrée pour de nouvelles émissions de Culture Prohibée !!!

Concours The Ecstasy Of Films


Les Films de la Gorgone, structure qui coproduit Culture Prohibée, est partenaire (merci Coco) de l'édition DVD collector du giallo argentin Francesca éditée par The Ecstasy of Films.
Les Films de la Gorgone & The Ecstasy of Films organisent un petit concours pour fêter ce partenariat, profitez-en !
Allez répondre, avant le 14 juillet, à quelques questions sur le site des Films de la Gorgone en cliquant ici.
Bonnes vacances les Aminches et surveillez notre blog et notre profil FB qui seront régulièrement alimentés par de savoureux articles.