Ce blog est celui de l'émission radiophonique Culture Prohibée. Produite et animée par les équipes des Films de la Gorgone et de Radio Graf'Hit, Culture Prohibée vous invite, chaque semaine, à découvrir divers aspects de la contre-culture à travers des émis-sions thématiques (le mouvement beatnik, le polar, la presse cinéma, le rock alternatif, le giallo, etc.) et des rencontres passion-nantes (interviews de Dario Argento, Bertrand Tavernier, Philippe Nahon, Costa-Gavras, etc.). Culture Prohibée est une émission hebdomadaire d'une heure diffusée le mardi à 17H sur les ondes de Radio Graf'Hit (rediffusions le samedi à 10H et le dimanche à 23H), une radio compiègnoise (Oise) du Réseau Ferarock. L'émission est également diffusée sur d'autres antennes : Radio Active 100 FM à Toulon, Radio Ballade à Espéraza, Radio Béton à Tours, C'rock Radio à Vienne, Radio Valois Multien à Crépy en Valois , Résonance à Bourges et Radio Panik à Bruxelles.
Ce blog constitue un complément à l'émission en vous proposant des interviews inédites, des prolongements aux sujets traités à l'antenne ainsi qu'un retour détaillé sur les sorties DVD et bouquins que nous abordons "radiophoniquement". Autre particularités du blog, vous fournir le sommaire détaillée ainsi que la playlist de chaque émission. Pour plus d'infos, vous pouvez vous connecter sur le FB de l'émission en cliquant ici.
Vous pouvez écouter et télécharger l'émission sur le site des Films De La Gorgone.

jeudi 30 août 2018

Du nouveau dans la boutique des Films de la Gorgone : Revus & Corrigés N°1 (Re)Voir L'invisible


Les Films de la Gorgone, qui coproduisent Culture Prohibée, ont une petite boutique en ligne qui vient de recevoir, dans ses stocks, le mook Revus & Corrigés N°1 (Re)Voir L'invisible.
Au sommaire de cette superbe revue de 148 pages consacrée à l'actualité du cinéma de patrimoine et abondamment illustrée :
De la restauration des films à Orson Welles sur Netflix ; Les pionnières du cinéma; Rétro Dario Argento ; Un été en Corée ; The Dark Knight 10 ans après ; Cruise vs Belmondo ; Mai 68 en super 8 ; Le cinéma rêvé d'Anna Karina...
Tout cela est disponible (en quantité limitée) dans notre boutique, pour faire vos emplettes cliquez sur le lien suivant : http://www.lesfilmsdelagorgone.fr/topic2/index.html.

Reprise de Culture Prohibée avec deux émissions consacrées à l'édition 2018 de la Nollywood Week Film Festival de Paris


Retrouvez lors des deux prochaines semaines (première diffusion le mardi 4 septembre) Culture Prohibée sur les antennes de nos radios partenaires (cf. liens ci-contre dans la rubrique "Nous écouter sur votre poste de radio").
Au programme de votre émission préférée consacrée à l'actualité de la contre-culture, deux spéciales Nollywood Week Film Festival de Paris édition 2018, le festoche consacré au cinéma nigérian, les sommaires :


-Episode 1 : Evocation de la programmation de l’édition 2018 de la Nollywood Week Film Festival de Paris avec Lagos Landing (Theo Ukpaa), The Delivery Boy (Adekunle Nodash Adejuyigbe), Sylvia (Daniel Oriahi), Banana Island Ghost (B.B. Sasore) ;
-Retour sur la sélection courts-métrages ;
-Rencontre avec Serge Noukoué, directeur de la Nollywood Week ;
-Interview d’Adekunle Nodash Adejuyigbe, réalisateur de The Delivery Boy, un thriller traitant du terrorisme ;
-Daniel Oriahi réalisateur de Sylvia, qui raconte une relation amoureuse bien flippante.


-Episode 2 : -Evocation de la programmation de l’édition 2018 de la Nollywood Week Film Festival de Paris avec Isoken (Jade Osiberu), Kasala! (Ema Edosio), The Wedding Party 2 (Niyi Akinmolayan), Potato Potahto (Shirley Frimpong-Manso), The Lost Café (Kenneth Gyang), Alter Ego (Moses Inwang) ;
-Rencontre avec Serge Noukoué, directeur de la Nollywood Week ;
-Quelques mots d’Adenike Chatty Adebayo, bloggeuse spécialiste de Nollywood ;
-Interview de Jade Osiberu, réalisatrice d’un film sur une relation en noir & blanc, Isoken ;
-Entretien avec Ema Edosio (cf. photo ci-dessous), réalisatrice de Kasala!, un portrait d’une certaine jeunesse nigériane, celle des ghettos.


Playlist de l'épisode 1 :
-Générique d'après DJ No Breakfast remixé par Léo Magnien (notre flamboyant ingénieur du son) ;
-Bad City Girl (Grotto) ;
-Do You Love Me Now (Nneka) ;
-Crashes in Love (William Onyeabor) ;
-Love (Mica Levi) ;
-This Bitter Earth (Dinah Washington) ;
-Set me Free (Lijaduh Sisters).



Playlist de l'épisode 2 :
-Générique d'après DJ No Breakfast remixé par Léo Magnien (notre flamboyant ingénieur du son) ;
-Lady (Fela Kuti) ;
-Danger (Lijadu Sisters) ;
-You Are My Heart (Rex Williams) ;
-Ghetto Theme (Temi Sodipo) ;
-Wahala (Akōya Afrobeat).


lundi 27 août 2018

Retour en studio


Bonne nouvelle, chères auditrices et auditeurs, nous sommes de retour et enregistrons des émissions dès cette semaine ! Preuve en est, le cliché, ci-dessus, de notre équipe en pleine forme à la recherche du studio. D'ailleurs, vu que cette année, c'est notre dixième saison, on a décidé de vous récompenser pour votre fidélité, aussi, celui qui trouvera, en premier, le titre du film dont est tirée cette photo aura droit à un cadeau surprise (nous écrire à lesfilmsdelagorgone@yahoo.fr).


Trêve d'auto-congratulation, nous aurons tout le temps, durant cette dixième année, de fêter dignement notre anniversaire à travers une programmation qui, nous l'espérons, saura vous ravir. Pour info, afin de vous faire quelque peu saliver, William Lustig et Fred Williamson seront de la partie. C'est pas la classe, ça ? Avouez que vos oreilles ont déjà hâte ! La réouverture des hostilités est prévue pour le mardi 4 septembre à 17H sur l'antenne de Graf'Hit avec une émission dont nous vous révélerons le sommaire d'ici quelques jours.

samedi 25 août 2018

Visionnages - La playlist de l'été 2018 - Episode 8 : Artus, Carlotta, Ecstasy, Elephant, ESC et Rimini font des galettes


Durant les dernières semaines, nous vous avons beaucoup causé bouquins. Pour changer, nous allons aborder quelques films prochainement disponibles et d'autres déjà sortis en DVD/BR durant l'été. Ces péloches seront chroniquées dans nos émissions de rentrée, of course !


Nous débutons ce tour d'horizon avec le boulot titanesque d' Artus Films qui nous a sorti pléthore de titres durant l'été. Il y a, tout d'abord, quatre nouveaux opus dans la collection Jess Franco dont l'un de ses meilleurs films, l'anticlérical Les démons. Tourné deux ans après Les diables (1971), chef d'oeuvre de Ken Russell inspiré de l'affaire des démons de Loudun, le Franco se déroule dans l'Angleterre du XVIIe siècle. Une vieille sorcière, brûlée sur le bûcher, déclare à ses bourreaux que ses deux filles la vengeront. Bien entendu, chez l'ibère, les sorcières sont de vrais sorcières et l'érotisme est sadien. Dans les mêmes décors, en 1972, Franco avait tourné deux péloches psychotroniques : La Fille de Dracula et Les Expériences érotiques de Frankenstein. Si La fille de Dracula est très mineur, avec un méchant vampire obligeant sa descendante à pratiquer une sexualité débridée, Les Expériences érotiques de Frankenstein, détournement, avec du cul dedans, des films de monstres façon La maison de Frankenstein (1944) d'Erle C. Kenton (dispo chez Elephant Films), est bien plus rigolo. Tender Flesh (1997), seul titre de cette salve à sortir uniquement en DVD, vaut plus pour ses très bons bonus, en particulier un making of de malade signé de l'éminent Alain Petit. Il est important de signaler, aux fans de l'espagnol, que les copies présentées sont superbes.


Orgie satanique pourrait être le titre d'un Franco, mais ce n'est pas le cas, c'est en fait une curiosité britannique de 1965 doté d'un pitch pouvant évoquer le Dracula 73 (1972) d'Alan Gibson. Dans cette bobine assez peu gratinée en matière d'orgie, Lance Comfort nous conte les péripéties d'une bande de touristes anglais égarés en Bretagne poursuivis par un vampire (et ses potes) qu'ils ont réveillé. Le suceur de sang s'appelle Molière, c'est dire si ça rigole pas! Pour le reste, ce film sympathique est une chouette découverte. Quant à Hercule contre les fils du soleil (1964), bien que signé du nazebroque Osvaldo Civirani, il vaut le détour de par la prestation énergique de Giuliano Gemma, qui campe Maytha, pote d'Hercule (le culturiste Mark Forest). Autre péplum moyen mais pas inintéressant, Hercule l'invincible (Alvaro Mancori-1964) dans lequel Dans Vadis, pour les yeux de la belle Spela Rozin, s'en va affronter un dragon. Deux péplums qui sont, toutefois, à réserver aux completistes. Nous avons gardé le meilleur pour la fin avec le livre+BR+DVD consacré à l'excellent L'au-delà (1981) de Lucio Fulci. Un des derniers soubresauts du Bis rital, une oeuvre majeure dans laquelle Catriona MacCall hérite d'une demeure louisianaise ou fut lynché un peintre ayant osé représenter l'enfer. Rien que l'introduction et le final sont parmi les plus belles scènes jamais tournées par le grand Lucio Fulci. A noter, un très bon ouvrage chapeauté par Lionel Grenier qui s'intéresse à ce territoire magique et hautement cinégénique qu'est la Louisiane. Cette édition, tout comme celle récente de L'enfer des zombies (1979), est un must (tous les BR & DVD Artus Films sont disponibles dans notre boutique, cliquez ici).


Chez Carlotta Films, on continue d'alterner cinéma d'auteur et de genre, de décloisonner les cinéphilies, à l'image des sorties de l'été avec, en premier lieu, une fabuleuse interview du très rare Brian De Palma. Le génie à l'origine de Carrie (1976), Phantom of the Paradise (1974) et Blow Out (1981) répond à toutes les questions de Noah Baumbach (Frances Ha-2012) et Jake Paltrow (Young Ones-2014), et quand deux réals' parlent à un autre réal', cela donne De Palma, un documentaire exceptionnel sur le septième art. Autre monstre sacré, Marlon Brando, mis à l'honneur à travers une très belle édition de son excellent western La vengeance aux deux visages (1961), une illustration puissante du thème de la vendetta traitée à travers un affrontement subtil entre Brando et Karl Malden. Cette unique mise en scène de Brando est une grande réussite qu'il est temps de réhabiliter. Tout comme le film noir Comme un chien enragé (1986) de James Foley. Sans doute le meilleur film du réalisateur du piteux Cinquante nuances plus claires (2017). Inspiré d'un faits divers réel, le métrage voit se confronter deux monstres sacrés, Christopher Walken et Sean Penn, dans un duel père-fils très éprouvant.


Tout aussi incandescent est Cinq et la peau (1981) du regretté critique Pierre Rissient, un grand film sensuel, un sommet d'érotisme dans les rues oppressantes de Manille. Passons rapidement sur le gentillet Cocoon (1985) de Ron Howard, sans doute le meilleur taf de Richie Cunningham (même si ça reste du Ron Howard, faut pas trop en attendre), pour nous attarder sur A armes égales (1982), nouveau titre de la Midnight Collection. Ce buddy movie au pays du soleil levant signé John-L'opération diabolique-Frankenheimer est une série B d'action survitaminée typique des 80's avec deux acteurs cultes, Scott-Le silence des agneaux-Glenn et Toshiro-Les sept samouraïs-Mifune. A la fin des années 80, une péloche a sonné le glas d'une certaine idée du cinéma d'horreur, un trip hallucinant critiquant férocement les sacro-saintes valeurs familiales de la bourgeoisie US, une partouse gigantesque au service du mauvais goût, le fabuleux Society (1989) de Brian Yuzna. Ce petit classique sort dans une incroyable édition blindée de bonus chez The Ecstasy of Films, sautez sur l'occasion, foncez dans notre boutique l'acheter en cliquant ici !


Autre éditeur indé aux goûts très surs, Elephant Films, qui nous promet une incroyable intégrale de la série culte de Kenneth-V-Johnson, L'incroyable Hulk, pour la rentrée. Un collector avec plus de 10 heures de bonus et un bouquin de 148 pages, avec ça, le Dr Banner, heureux, ne risque plus de se transformer en Lou Ferrigno (ce qui va faire faire des économies en achat de pantalon à Bill Bixby !). Autre sortie événement chez le pachyderme, cinq films tournés entre 1932 et 1938 par le roi de la comédie Ernst Lubitsch, L'homme que j'ai tué, Une heure près de toi, Si j'avais un million, Sérénade à trois & La huitième femme de Barbe-Bleue. Ce qui est intéressant dans cette sélection c'est qu'elle permet de découvrir que Lubitsch ne faisait pas que dans le comique, Une heure près de toi est un musical, Si j'avais un million une anthologie et L'homme que j'ai tué un mélodrame antimilitariste. Ces cinq péloches sont de pures merveilles qui vont vous faire barrir de plaisir !


Petit saut dans le temps avec un bon vieux film de la Cannon, un des meilleurs débauchages de la firme puisqu'il concerne Andreï Konchalovski et son Runaway Train (1985). Cette péloche d'action voit Manny, un prisonnier multirécidiviste, et Buck, un jeune voyou un peu tendre, s'évader d'une prison de haute sécurité sise en Alaska et se retrouver coincés dans un train fou sans conducteur. Tragique et violent, Runaway Train marque le retour à l'écran de John Voight. Le papa d'Angelina Jolie sera nominé à l'Oscar pour ce rôle, tout comme son partenaire, le buriné Eric Roberts. Signée ESC, cette édition propose un très beau master HD. ESC fait d'ailleurs de même avec un grand film méconnu du génial George A. Romero. Le réalisateur de La nuit des morts-vivants (1968), malheureusement décédé il y a un an, se voit gratifié d'un fort bel hommage à travers la parution d'un collector consacré à Incidents de parcours. Même si la production à dépossédé Romero d'un final très noir, Incidents de parcours n'en demeure pas moins passionnant. Il y est question d'un handicapé aidé au quotidien par un singe domestique qui devient de plus en plus possessif. Incident de parcours est une péloche terrifiante qui permet à son auteur de démonter son talent dans l'art du suspense : Une vraie pépite !


Terminons par un éditeur adepte des éditions de qualité riches en bonus : Rimini. Au début de l'été, il a proposé deux films méconnus de John Huston, Dieu seul le sait (1957), dans lequel le militaire Robert Mitchum s'éprend de la religieuse Deborah Kerr (voilà qui n'est pas sans rappeler son personnage dans Le narcisse noir de Michael Powell & Emeric Pressburger-1947) pendant le débarquement nippon, et Le barbare et la geisha (1958), qui voit un ambassadeur américain (John Wayne) au japon former un couple improbable avec une geisha (Eiko Ando). Si le deuxième, remonté par un John Wayne mécontent est un peu bancal, Dieu seul le sait est un pur film "Hustonien" où figurent toutes les obsessions du maître. Autre légende du cinéma US, Robert Aldrich, dont Le vol du Phénix (1965), classique du survival au casting cinq étoiles (James Stewart, Richard Attenborough, Peter Finch, Ernest Borgnine, entre autre), est également édité par Rimini. L'histoire est simple, douze rescapés d'un crash doivent, dans le désert, à partir des débris de leur avion, en reconstruire un, c'est une question de vie ou de mort. Le vol du phénix est un incroyable suspense de 2H20, une réussite de plus à mettre à l'actif de Bob Aldrich. Plus court, Baïonnette au canon (1951) est un étonnant film de guerre à mettre à l'actif du passionnant Samuel Fuller. Ce dernier, au lieu de signer l'oeuvre de propagande qui lui a été commandée, livre un regard subtil sur la dure condition de soldat. Ancien combattant émérite de la seconde guerre mondiale, Fuller donne sa vision de la guerre de Corée, loin de tout manichéisme. Le personnage du Caporal Denno (Richard Baseheart), terriblement humain, est l'un des plus beaux de sa filmographie. Baïonnette au canon est une péloche à redécouvrir, assurément.

Hanzo

samedi 18 août 2018

Lectures - La playlist de l'été 2018 - Episode 7 : Jusqu'à l'impensable de Michael Connelly (Le Livre de Poche-Calmann Levy Noir)


Alors que Sur un mauvais adieu, la dernière enquête d'Harry Bosch, vient de paraître chez Calmann Levy Noir, la précédente aventure du personnage fétiche de Michael Connelly, Jusqu'à l'impensable, est, depuis peu, disponible en petit format (Editions Le Livre de Poche). Dans Jusqu'à l'impensable Harry Bosch, enquêteur retraité du LAPD, devient un « Jane Fonda », expression servant à désigner un ex-flic devenu enquêteur pour la défense aux Homicides. Et c’est là l’idée de génie de Michael Connelly pour cette 21ème apparition d’Harry Bosch, faire de son inflexible limier un détective au service des criminels. Dans Jusqu'à l'impensable, Bosch devient enquêteur pour son demi-frère, Mickey Haller, l’avocat à la Lincoln, celui que les lecteurs adorent détester. Da’Quan Foster, ex-membre de gang devenu artiste, est accusé du viol et du meurtre sauvage de la femme d’un sheriff. Tout semble le désigner, jusqu’au sperme retrouvé sur et dans la victime, mais l’ADN, Bosch s’en fout. Les experts, c’est pas sa came, il laisse ça à ceux qui ne savent pas investiguer. Sa bible est, depuis toujours, le livre du crime, classeur dans lequel est détaillé l’affaire. Bosch va devoir reconstituer un puzzle morbide. Il croisera un étrange chirurgien esthétique, des pornstars au rabais, des flics ripoux, des prostitués… Enfin bref, Bosch va devoir se vautrer dans la fange.


Ce retour aux sources est salvateur pour Harry qui, s’il porte le patronyme d’un peintre célèbre (Hieronimus Bosch), est avant tout un enquêteur « hard boiled ». Ce personnage complexe, pro-peine de mort, torturé, orphelin devenu soldat au Vietnam puis flic de haut-vol, incarne, non seulement, l’histoire récente de son pays mais aussi sa ville. Son goût pour le jazz, son du ghetto devenu musique élitiste, est une belle métaphore de son ambivalence. Vivant en haut des collines de L.A. dans une magnifique bicoque achetée grâce à la vente de son histoire personnelle au cinéma, Bosch ne peut s’empêcher, à travers son métier, de retourner à ses origines, les bas-fonds, les égouts de Los Angeles. Solitaire, obstiné, seule la justice compte pour lui, quitte à enfreindre les règles. Quand on connaît l’amour qu’a Connelly pour le 7ème art, difficile de ne pas penser au mythique Dirty Harry.


Et c’est ce Bosch « hardcore » que le lecteur retrouve avec bonheur dans Jusqu’à l’impensable. Un ouvrage dans lequel le prolifique Connelly renouvelle son personnage fétiche, après deux derniers opus peu inspirés, en mélangeant habilement roman noir et livre de procès. Un Bosch confronté à un véritable dilemme lorsqu’il s’agit de défendre un assassin, d’ailleurs il n’accepte que parce qu’il à l’intime conviction que Da’Quan Foster est innocent. Un Bosch qui doit mener son enquête la plus difficile car il n’a plus de badge. Un Bosch confronté à ses démons, son attirance pour l’alcool et ses relations compliquées avec les femmes, y compris sa fille. Un Bosch que le lecteur prend plaisir à suivre à chaque étape de son travail grâce à une écriture très prenante, et ce même si Connelly livre rapidement les clés de l’intrigue. Non, décidément, Bosch ne peut passer sa retraite à rafistoler une vieille Harley, tant qu’il lui restera un souffle de vie il sera un « outsider à plein temps » !

Hanzo

vendredi 10 août 2018

Lectures - La playlist de l'été 2018 - Episode 6 : Après le déluge de Joy Castro (Folio policier-Gallimard)


En 2014, dans l’ouvrage de Joy Castro, Après le déluge (Série Noire-Gallimard), une nouvelle héroïne du roman noir faisait son apparition, Nola Cespedès. Depuis, en 2016, Nola est revenue le temps d’une autre enquête dans l’excellent Au plus près (Série Noire-Gallimard). Après le déluge est sorti en poche (Folio policier n°794-Gallimard), l’occasion pour notre rédaction de vous présenter l’indomptable Nola…


Le 29 août 2005, Katrina dévaste La Nouvelle Orléans. Le lendemain, c’est la catastrophe, 80 % de la ville est sous les eaux. La Nouvelle Orléans passe de 500 000 à 144 000 habitants et voit sa composition ethnique totalement bouleversée, elle devient une ville à majorité blanche. Dans le chaos qui suit la tempête, la Police perd les pédales, des criminels disparaissent, des milices racistes chassent les noirs, c’est dans ce contexte que s’inscrit le premier ouvrage de Joy Castro, Après le déluge.


Après le déluge colle aux basques de Nola Céspedes, une intrépide reporter de 27 ans plutôt jolie et talentueuse qui bosse pour la rubrique loisirs du Times-Picayune, quotidien néo-orléanais. Elle voit se présenter la chance d’une vie lorsque son rédacteur en chef lui commande un article sur les criminels sexuels libérés après traitement. Petit détail qui a son importance, un nombre important de malfaiteurs a disparu des radars depuis Katrina, soit par perte des dossiers, soit par incompétence des forces de l’ordre, voire les deux. Parallèlement, la cité est secouée par une vague d’assassinats commis par un pervers qui taillade ses victimes et leur découpe le visage. L’affaire prend une tout autre tournure lorsque le maniaque sexuel, après avoir occis des prostitués, s’attaque à des jeunes filles de bonne famille. Pendant ce temps Nola enquête, s’inquiète, et si son travail journalistique l’amenait à croiser celui qui terrorise La Nouvelle Orléans ?


Nola n’est vraiment pas une héroïne comme les autres. Peut-être est-ce du à ses origines cubaines qui ont contrarié son intégration, y compris auprès la communauté noire, un vécu qui lui confère un regard particulier sur La Nouvelle-Orléans. Peut-être est-ce du à son prénom qui, dans le langage courant étasunien, est l’abréviation la plus usitée pour désigner La Nouvelle-Orléans. La métaphore à la Pyrrhus peut paraitre facile mais elle est particulièrement représentative de la complexité de Nola. Un personnage qui, à l’image du fils d'Achille et de Déidamie, est capable du pire comme du meilleur. Parfois très sure d’elle-même, voire imbue de sa personne, elle peut s’avérer couarde. Sa sexualité atypique révèle un rapport aux hommes compliqué. Nola repère ses proies lors de matchs de foot avant de les cueillir à la sortie des vestiaires pour une relation d’un soir. Elle cède également souvent à des pulsions destructrices, surtout lorsqu’il s’agit de picoler, parfois avec ses copines, souvent seule. L’occasion pour le lecteur de découvrir toutes sortes de cocktails tous plus alcoolisés les uns que les autres. L’attachante Nola, avec ses forces et ses fêlures, est une femme bien loin de la stéréotypée « détective en fauteuil », c’est un personnage humainement très riche comme en offre trop rarement le polar. Le fait qu’Après le déluge est écrit par une femme explique sans doute cela.


La force de l’ouvrage de Joy Castro est de traiter Katrina en filigrane. Le drame est très peu évoqué, par contre ses conséquences sont bien là. Ainsi les rapports de classe, les scandales policiers déjà évoqués dans la passionnante série Treme de David Simon, la « blanchification » post-ouragan (l’assistante du procureur, amie de Nola, avoue être la seule noire au Palais de justice ou l’on ne juge que des noirs), rien n’est éludé par l’auteur. A l’image des criminels recherchés par Nola, qui sont des êtres sans visages, Katrina est un mal absolu sur lequel personne ne met de mot. Nola, dans sa quête, va rencontrer des experts, l’occasion, pour elle de discourir sur l’histoire de la localité, son évolution immobilière, ses habitudes culinaires, les loisirs que l’on y pratique selon que l’on soit riche ou pas. Nola, en analysant sa ville, va trouver le courage d’affronter ses démons intérieurs. Voila qui n’est pas sans rappeler le périple de Dave Robicheaux dans le roman le plus âpre et émouvant de James Lee Burke, La nuit la plus longue. Burke y écrivait « La vieille Némésis sudiste – une haine absolue pour les plus pauvres des pauvres – était de retour, nue, crue, dégoulinante de peur ». Cette Némésis ne cesse de poursuivre Nola qui la combat avec tant de courage que le lecteur n’a qu’une envie, la retrouver pour de nouvelles aventures.

Hanzo

jeudi 9 août 2018

Du nouveau dans la boutique des Films de la Gorgone


Les Films de la Gorgone, qui coproduisent Culture Prohibée, ont une petite boutique en ligne qui vient de recevoir, dans ses stocks, les dernières nouveautés Artus Films. Il y en a trois. Tout d'abord, deux péplums avec Hercule dedans : Hercule l'invincible (Alvaro Mancori-1964), avec Dan Vadis, et Hercule contre les fils du soleil (Osvaldo Civirani-1964), avec le bondissant Giuliano Gemma. Deux beaux digipacks avec des chouettes bonus, dont des analyses érudites de Michel Eloy, l’homme derrière le site PEPLUM – Images de l’Antiquité – Cinéma et BD (plus d’infos ici : http://www.peplums.info/). Continuons avec l’un des événements de l’été en matière de sortie vidéo, la parution d’un superbe combo Blu-Ray/DVD/livre à couverture cartonnée (complété de nombreux bonus) consacré au cultissime L'au-delà de Lucio Fulci. Cette édition du chef-d’œuvre « Fulcien » est énorme, elle constitue, d’ores et déjà, un must à posséder absolument ! Tout cela est disponible (en quantité limitée) dans notre boutique, pour faire vos emplettes cliquez sur le lien suivant : http://www.lesfilmsdelagorgone.fr/topic2/index.html.

mercredi 8 août 2018

Le podcast de Culture Prohibée fait son retour vers le futur


Toi aussi, fais comme Christopher Walken dans Brainstorm (Douglas Trumbull-1983), clique sur ce lien et enfile ton casque pour profiter du podcast de Culture prohibée (disponible sur le site des Films de la Gorgone). Une belle surprise t'y attend. En effet, pour fêter ses dix ans (déjà!), Culture Prohibée met en ligne sa première saison (indisponible depuis huit ans) sous forme d'un fichier zip. Attention, nous préférons vous prévenir, le son est mauvais, les chroniqueurs hésitants et les durées aléatoires. En bref, c'est du " Do It Yourself " un peu foireux, mais c'est comme ça que l'émission est née, sous forme d'une mensuelle qui durait, selon l'inspiration des intervenants, entre une heure et une heure trente. Au sommaire, il y a : Des films, du roman noir, des séries télé, des vampires, des polars, des BD, des westerns italiens, des comédies musicales, du rock alternatif français, des interviews… Enfin bref, de la contre-culture. Bonne écoute !!!

jeudi 2 août 2018

Du nouveau dans la boutique des Films de la Gorgone


Les Films de la Gorgone, qui coproduisent Culture Prohibée, ont une petite boutique en ligne qui vient de recevoir un fanzine appelé à devenir culte. En effet, c'est le dernier numéro, après 25 ans de bons et loyaux services, de Vidéotopsie, le 21, qui vient de débarquer dans stocks! Et oui, malheureusement, c'est bien le dernier, en tout cas c'est ce qu'affirme son Boss David Didelot, on est, du coup, un peu tristounets. L'ami David, vieux compagnon de route, viendra, à la rentrée, expliquer son choix dans Culture Prohibée. En attendant, n'hésitez pas, achetez ce Vidéotopsie N°21. Il est plein de bonnes choses (hommage à Umberto Lenzi, avec entretien exclusif ; le cinéma d'Amando De Ossorio décrypté ; interview carrière avec l'actrice Lynn Lowry ; dossier Tom Gries (HELTER SKELTER) ; etc.) et est disponible dans notre boutique, pour faire vos emplettes cliquez sur le lien suivant : http://www.lesfilmsdelagorgone.fr/topic2/index.html .

mercredi 1 août 2018

Visionnages - La playlist de l'été 2018 - Episode 5 : Profession : Reporter (1975) de Michelangelo Antonioni (Carlotta Films)


Profession : reporter marque la troisième et dernière collaboration entre Michelangelo Antonioni et Carlo Ponti, le producteur de La Strada de Federico Fellini, Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda ou encore de Représailles et Le Pont de Cassandra de George Pan Cosmatos. Après le succès de Blow-Up, les deux complices essuient un échec cuisant avec Zabriskie Point, le plus états-unien des films du cinéaste italien. Si ce deuxième film s’avère moins représentatif de son style, sans pour autant délaisser ses thématiques et obsessions, Profession : reporter lui permet de renouer avec un rythme plus lent et contemplatif qui sert une intrigue située entre le drame intimiste et le suspense policier.


David Locke effectue des repérages en Afrique, dans la région du Sahara, pour les besoins d’un documentaire. Il y fait la connaissance de David Robertson, trafiquant d’armes qui occupe le même hôtel que lui. Après une journée durant laquelle ses recherches s’avèrent vaines, Locke trouve Robertson mort dans sa chambre. Il décide d’échanger leurs identités et, se laissant alors passer pour mort, de laisser derrière lui son épouse et son travail de reporter. Désertant la vacuité de son existence passée, il part vers l’inconnu.


Pour Michelangelo Antonioni, la recherche de liberté de son personnage correspond à une fuite en avant, thème déjà présent dans Zabriskie Point. L’échappée de David Locke (Jack Nicholson) devient alors une quête de sens, de la vérité. Le cinéaste italien signe une œuvre mélancolique, véritable réflexion métaphysique sur l’existence, qui se révèle aussi être un de ses meilleurs films, Profession : reporter bénéficiant d’une mise en scène virtuose. Célèbre pour ses plans séquences, le film intrigue, devient hypnotique. Comme à son habitude, Michelangelo Antonioni sait tirer partie de ses décors pour créer une atmosphère étrange, presque surréelle. Entre son personnage qui change d’identité et la jeune femme incarnée par Maria Schneider, qui n’a pas de nom, l’intrigue semble sortir tout droit d’une nouvelle de Jorge Luis Borges.


Carlotta films propose de (re)découvrir ce chef d’œuvre dans une nouvelle copie agrémentée de bonus passionnants. En plus de mini-documentaires sur Antonioni parlant de son fameux plan-séquence, Carlotta films offre un de ses premiers courts métrages, Mensonges d’amour, dont la thématique sur les apparences et l’illusion du spectacle ne semble pas si éloignée de celle de Profession : reporter. Le livre présente de nombreux textes analytiques sur le film ainsi qu’une revue de presse d’époque, mais aussi des photos de tournage et des documents signés par Antonioni lui-même. Profession : reporter est disponible en coffret ultra collector (#10) (1BR+2DVD+livre) et édition simple (1BR ou 2DVD) chez Carlotta Films.

Thomas Roland