Ce blog est celui de l'émission radiophonique Culture Prohibée. Produite et animée par les équipes des Films de la Gorgone et de Radio Graf'Hit, elle vous invite, chaque semaine, à découvrir divers aspects de la contre-culture à travers des émissions thématiques (le mouvement beatnik, le polar, la presse cinéma, le rock alternatif, le giallo, etc.) et des rencontres passion-nantes (interviews de Dario Argento, Bertrand Tavernier, Philippe Nahon, Costa-Gavras, etc.). Culture Prohibée est une émission hebdomadaire d'une heure diffusée le mardi à 17H sur les ondes de Radio Graf'Hit (rediffusions le samedi à 10H et le dimanche à 23H). L'émission est également diffusée sur d'autres antennes : Radio Active 100 FM à Toulon, Radio Ballade à Espéraza, Radio Béton à Tours, Booster FM à Toulouse, C'rock Radio à Vienne, Radio Valois Multien à Crépy en Valois , Résonance à Bourges et Radio Panik à Bruxelles.
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vendredi 10 août 2018

Lectures - La playlist de l'été 2018 - Episode 6 : Après le déluge de Joy Castro (Folio policier-Gallimard)


En 2014, dans l’ouvrage de Joy Castro, Après le déluge (Série Noire-Gallimard), une nouvelle héroïne du roman noir faisait son apparition, Nola Cespedès. Depuis, en 2016, Nola est revenue le temps d’une autre enquête dans l’excellent Au plus près (Série Noire-Gallimard). Après le déluge est sorti en poche (Folio policier n°794-Gallimard), l’occasion pour notre rédaction de vous présenter l’indomptable Nola…


Le 29 août 2005, Katrina dévaste La Nouvelle Orléans. Le lendemain, c’est la catastrophe, 80 % de la ville est sous les eaux. La Nouvelle Orléans passe de 500 000 à 144 000 habitants et voit sa composition ethnique totalement bouleversée, elle devient une ville à majorité blanche. Dans le chaos qui suit la tempête, la Police perd les pédales, des criminels disparaissent, des milices racistes chassent les noirs, c’est dans ce contexte que s’inscrit le premier ouvrage de Joy Castro, Après le déluge.


Après le déluge colle aux basques de Nola Céspedes, une intrépide reporter de 27 ans plutôt jolie et talentueuse qui bosse pour la rubrique loisirs du Times-Picayune, quotidien néo-orléanais. Elle voit se présenter la chance d’une vie lorsque son rédacteur en chef lui commande un article sur les criminels sexuels libérés après traitement. Petit détail qui a son importance, un nombre important de malfaiteurs a disparu des radars depuis Katrina, soit par perte des dossiers, soit par incompétence des forces de l’ordre, voire les deux. Parallèlement, la cité est secouée par une vague d’assassinats commis par un pervers qui taillade ses victimes et leur découpe le visage. L’affaire prend une tout autre tournure lorsque le maniaque sexuel, après avoir occis des prostitués, s’attaque à des jeunes filles de bonne famille. Pendant ce temps Nola enquête, s’inquiète, et si son travail journalistique l’amenait à croiser celui qui terrorise La Nouvelle Orléans ?


Nola n’est vraiment pas une héroïne comme les autres. Peut-être est-ce du à ses origines cubaines qui ont contrarié son intégration, y compris auprès la communauté noire, un vécu qui lui confère un regard particulier sur La Nouvelle-Orléans. Peut-être est-ce du à son prénom qui, dans le langage courant étasunien, est l’abréviation la plus usitée pour désigner La Nouvelle-Orléans. La métaphore à la Pyrrhus peut paraitre facile mais elle est particulièrement représentative de la complexité de Nola. Un personnage qui, à l’image du fils d'Achille et de Déidamie, est capable du pire comme du meilleur. Parfois très sure d’elle-même, voire imbue de sa personne, elle peut s’avérer couarde. Sa sexualité atypique révèle un rapport aux hommes compliqué. Nola repère ses proies lors de matchs de foot avant de les cueillir à la sortie des vestiaires pour une relation d’un soir. Elle cède également souvent à des pulsions destructrices, surtout lorsqu’il s’agit de picoler, parfois avec ses copines, souvent seule. L’occasion pour le lecteur de découvrir toutes sortes de cocktails tous plus alcoolisés les uns que les autres. L’attachante Nola, avec ses forces et ses fêlures, est une femme bien loin de la stéréotypée « détective en fauteuil », c’est un personnage humainement très riche comme en offre trop rarement le polar. Le fait qu’Après le déluge est écrit par une femme explique sans doute cela.


La force de l’ouvrage de Joy Castro est de traiter Katrina en filigrane. Le drame est très peu évoqué, par contre ses conséquences sont bien là. Ainsi les rapports de classe, les scandales policiers déjà évoqués dans la passionnante série Treme de David Simon, la « blanchification » post-ouragan (l’assistante du procureur, amie de Nola, avoue être la seule noire au Palais de justice ou l’on ne juge que des noirs), rien n’est éludé par l’auteur. A l’image des criminels recherchés par Nola, qui sont des êtres sans visages, Katrina est un mal absolu sur lequel personne ne met de mot. Nola, dans sa quête, va rencontrer des experts, l’occasion, pour elle de discourir sur l’histoire de la localité, son évolution immobilière, ses habitudes culinaires, les loisirs que l’on y pratique selon que l’on soit riche ou pas. Nola, en analysant sa ville, va trouver le courage d’affronter ses démons intérieurs. Voila qui n’est pas sans rappeler le périple de Dave Robicheaux dans le roman le plus âpre et émouvant de James Lee Burke, La nuit la plus longue. Burke y écrivait « La vieille Némésis sudiste – une haine absolue pour les plus pauvres des pauvres – était de retour, nue, crue, dégoulinante de peur ». Cette Némésis ne cesse de poursuivre Nola qui la combat avec tant de courage que le lecteur n’a qu’une envie, la retrouver pour de nouvelles aventures.

Hanzo

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