Ce blog est celui de l'émission radiophonique Culture Prohibée. Produite et animée par les équipes des Films de la Gorgone et de Radio Graf'Hit, elle vous invite, chaque semaine, à découvrir divers aspects de la contre-culture à travers des émissions thématiques (le mouvement beatnik, le polar, la presse cinéma, le rock alternatif, le giallo, etc.) et des rencontres passion-nantes (interviews de Dario Argento, Bertrand Tavernier, Philippe Nahon, Costa-Gavras, etc.). Culture Prohibée est une émission hebdomadaire d'une heure diffusée le mardi à 17H sur les ondes de Radio Graf'Hit (rediffusions le samedi à 10H et le dimanche à 23H). L'émission est également diffusée sur d'autres antennes : Radio Active 100 FM à Toulon, Radio Ballade à Espéraza, Booster FM à Toulouse, C'rock Radio à Vienne, Radio Valois Multien à Crépy en Valois , Résonance à Bourges et Radio Panik à Bruxelles.
Ce blog constitue un complément à l'émission en vous proposant des interviews inédites, des prolongements aux sujets traités à l'antenne ainsi qu'un retour détaillé sur les sorties DVD et bouquins que nous abordons "radiophoniquement". Autre particularités du blog, vous fournir le sommaire détaillée ainsi que la playlist de chaque émission. Pour plus d'infos, vous pouvez vous connecter sur le FB de l'émission en cliquant ici. Vous pouvez écouter et télécharger l'émission sur le site des Films De La Gorgone.
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jeudi 28 février 2019
Dans Culture Prohibée cette semaine : Emission spéciale bouquins avec David Didelot (Replay-Vidéotopsie) et Richard J. Thomson (Jurassic Trash & Time Demon 20 ans après-Jaguarundi Editions)
Retrouvez cette semaine Culture Prohibée sur les antennes de nos radios partenaires (cf. liens ci-contre dans la rubrique "Nous écouter sur votre poste de radio").
Au programme de votre émission préférée consacrée à l'actualité de la contre-culture, une spéciale sorties bouquins, le sommaire :
-Les dernières parutions de chez Playlist Society, dans la collection Face B, à savoir Henri-François Imbert, libre cours de Raphaelle Pireyre et Quentin Mével & Pierre Salvadori, le prix de la comédie de Nicolas Tellop, Quentin Mével et Dominique Toulat ;
-Deux livres de Richard J. Thomson parus chez Jaguarundi Editions, consacrés à deux films cultes de l’époque bénie du Bis français version 90’s, Jurassic Trash & Time Demon 20 ans après ;
-Interview de Richard J. Thomson ;
-Rencontre avec David Didelot, auteur de Replay, son autobiographie disponible sur le site de Vidéotopsie.
Merci à Benjamin Fogel pour son aide sur cette émission.
Playlist de l'émission :
-Générique d'après DJ No Breakfast remixé par Léo Magnien (notre flamboyant ingénieur du son) ;
-Quelques extraits de la B.O. de The Neon Demon (Cliff Martinez), Hekatombe (Richard J. Thomson) & Virus cannibale (Luis Bacalov) ;
-Walk The Dinosaur (Was Not Was) ;
-Santa Maradona (Mano Negra) ;
-Lust For Life (Iggy Pop).
Labels:
DAVID DIDELOT,
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samedi 25 août 2018
Visionnages - La playlist de l'été 2018 - Episode 8 : Artus, Carlotta, Ecstasy, Elephant, ESC et Rimini font des galettes
Durant les dernières semaines, nous vous avons beaucoup causé bouquins. Pour changer, nous allons aborder quelques films prochainement disponibles et d'autres déjà sortis en DVD/BR durant l'été. Ces péloches seront chroniquées dans nos émissions de rentrée, of course !
Nous débutons ce tour d'horizon avec le boulot titanesque d' Artus Films qui nous a sorti pléthore de titres durant l'été. Il y a, tout d'abord, quatre nouveaux opus dans la collection Jess Franco dont l'un de ses meilleurs films, l'anticlérical Les démons. Tourné deux ans après Les diables (1971), chef d'oeuvre de Ken Russell inspiré de l'affaire des démons de Loudun, le Franco se déroule dans l'Angleterre du XVIIe siècle. Une vieille sorcière, brûlée sur le bûcher, déclare à ses bourreaux que ses deux filles la vengeront. Bien entendu, chez l'ibère, les sorcières sont de vrais sorcières et l'érotisme est sadien. Dans les mêmes décors, en 1972, Franco avait tourné deux péloches psychotroniques : La Fille de Dracula et Les Expériences érotiques de Frankenstein. Si La fille de Dracula est très mineur, avec un méchant vampire obligeant sa descendante à pratiquer une sexualité débridée, Les Expériences érotiques de Frankenstein, détournement, avec du cul dedans, des films de monstres façon La maison de Frankenstein (1944) d'Erle C. Kenton (dispo chez Elephant Films), est bien plus rigolo. Tender Flesh (1997), seul titre de cette salve à sortir uniquement en DVD, vaut plus pour ses très bons bonus, en particulier un making of de malade signé de l'éminent Alain Petit. Il est important de signaler, aux fans de l'espagnol, que les copies présentées sont superbes.
Orgie satanique pourrait être le titre d'un Franco, mais ce n'est pas le cas, c'est en fait une curiosité britannique de 1965 doté d'un pitch pouvant évoquer le Dracula 73 (1972) d'Alan Gibson. Dans cette bobine assez peu gratinée en matière d'orgie, Lance Comfort nous conte les péripéties d'une bande de touristes anglais égarés en Bretagne poursuivis par un vampire (et ses potes) qu'ils ont réveillé. Le suceur de sang s'appelle Molière, c'est dire si ça rigole pas! Pour le reste, ce film sympathique est une chouette découverte. Quant à Hercule contre les fils du soleil (1964), bien que signé du nazebroque Osvaldo Civirani, il vaut le détour de par la prestation énergique de Giuliano Gemma, qui campe Maytha, pote d'Hercule (le culturiste Mark Forest). Autre péplum moyen mais pas inintéressant, Hercule l'invincible (Alvaro Mancori-1964) dans lequel Dans Vadis, pour les yeux de la belle Spela Rozin, s'en va affronter un dragon. Deux péplums qui sont, toutefois, à réserver aux completistes. Nous avons gardé le meilleur pour la fin avec le livre+BR+DVD consacré à l'excellent L'au-delà (1981) de Lucio Fulci. Un des derniers soubresauts du Bis rital, une oeuvre majeure dans laquelle Catriona MacCall hérite d'une demeure louisianaise ou fut lynché un peintre ayant osé représenter l'enfer. Rien que l'introduction et le final sont parmi les plus belles scènes jamais tournées par le grand Lucio Fulci. A noter, un très bon ouvrage chapeauté par Lionel Grenier qui s'intéresse à ce territoire magique et hautement cinégénique qu'est la Louisiane. Cette édition, tout comme celle récente de L'enfer des zombies (1979), est un must (tous les BR & DVD Artus Films sont disponibles dans notre boutique, cliquez ici).
Chez Carlotta Films, on continue d'alterner cinéma d'auteur et de genre, de décloisonner les cinéphilies, à l'image des sorties de l'été avec, en premier lieu, une fabuleuse interview du très rare Brian De Palma. Le génie à l'origine de Carrie (1976), Phantom of the Paradise (1974) et Blow Out (1981) répond à toutes les questions de Noah Baumbach (Frances Ha-2012) et Jake Paltrow (Young Ones-2014), et quand deux réals' parlent à un autre réal', cela donne De Palma, un documentaire exceptionnel sur le septième art. Autre monstre sacré, Marlon Brando, mis à l'honneur à travers une très belle édition de son excellent western La vengeance aux deux visages (1961), une illustration puissante du thème de la vendetta traitée à travers un affrontement subtil entre Brando et Karl Malden. Cette unique mise en scène de Brando est une grande réussite qu'il est temps de réhabiliter. Tout comme le film noir Comme un chien enragé (1986) de James Foley. Sans doute le meilleur film du réalisateur du piteux Cinquante nuances plus claires (2017). Inspiré d'un faits divers réel, le métrage voit se confronter deux monstres sacrés, Christopher Walken et Sean Penn, dans un duel père-fils très éprouvant.
Tout aussi incandescent est Cinq et la peau (1981) du regretté critique Pierre Rissient, un grand film sensuel, un sommet d'érotisme dans les rues oppressantes de Manille. Passons rapidement sur le gentillet Cocoon (1985) de Ron Howard, sans doute le meilleur taf de Richie Cunningham (même si ça reste du Ron Howard, faut pas trop en attendre), pour nous attarder sur A armes égales (1982), nouveau titre de la Midnight Collection. Ce buddy movie au pays du soleil levant signé John-L'opération diabolique-Frankenheimer est une série B d'action survitaminée typique des 80's avec deux acteurs cultes, Scott-Le silence des agneaux-Glenn et Toshiro-Les sept samouraïs-Mifune. A la fin des années 80, une péloche a sonné le glas d'une certaine idée du cinéma d'horreur, un trip hallucinant critiquant férocement les sacro-saintes valeurs familiales de la bourgeoisie US, une partouse gigantesque au service du mauvais goût, le fabuleux Society (1989) de Brian Yuzna. Ce petit classique sort dans une incroyable édition blindée de bonus chez The Ecstasy of Films, sautez sur l'occasion, foncez dans notre boutique l'acheter en cliquant ici !
Autre éditeur indé aux goûts très surs, Elephant Films, qui nous promet une incroyable intégrale de la série culte de Kenneth-V-Johnson, L'incroyable Hulk, pour la rentrée. Un collector avec plus de 10 heures de bonus et un bouquin de 148 pages, avec ça, le Dr Banner, heureux, ne risque plus de se transformer en Lou Ferrigno (ce qui va faire faire des économies en achat de pantalon à Bill Bixby !). Autre sortie événement chez le pachyderme, cinq films tournés entre 1932 et 1938 par le roi de la comédie Ernst Lubitsch, L'homme que j'ai tué, Une heure près de toi, Si j'avais un million, Sérénade à trois & La huitième femme de Barbe-Bleue. Ce qui est intéressant dans cette sélection c'est qu'elle permet de découvrir que Lubitsch ne faisait pas que dans le comique, Une heure près de toi est un musical, Si j'avais un million une anthologie et L'homme que j'ai tué un mélodrame antimilitariste. Ces cinq péloches sont de pures merveilles qui vont vous faire barrir de plaisir !
Petit saut dans le temps avec un bon vieux film de la Cannon, un des meilleurs débauchages de la firme puisqu'il concerne Andreï Konchalovski et son Runaway Train (1985). Cette péloche d'action voit Manny, un prisonnier multirécidiviste, et Buck, un jeune voyou un peu tendre, s'évader d'une prison de haute sécurité sise en Alaska et se retrouver coincés dans un train fou sans conducteur. Tragique et violent, Runaway Train marque le retour à l'écran de John Voight. Le papa d'Angelina Jolie sera nominé à l'Oscar pour ce rôle, tout comme son partenaire, le buriné Eric Roberts. Signée ESC, cette édition propose un très beau master HD. ESC fait d'ailleurs de même avec un grand film méconnu du génial George A. Romero. Le réalisateur de La nuit des morts-vivants (1968), malheureusement décédé il y a un an, se voit gratifié d'un fort bel hommage à travers la parution d'un collector consacré à Incidents de parcours. Même si la production à dépossédé Romero d'un final très noir, Incidents de parcours n'en demeure pas moins passionnant. Il y est question d'un handicapé aidé au quotidien par un singe domestique qui devient de plus en plus possessif. Incident de parcours est une péloche terrifiante qui permet à son auteur de démonter son talent dans l'art du suspense : Une vraie pépite !
Terminons par un éditeur adepte des éditions de qualité riches en bonus : Rimini. Au début de l'été, il a proposé deux films méconnus de John Huston, Dieu seul le sait (1957), dans lequel le militaire Robert Mitchum s'éprend de la religieuse Deborah Kerr (voilà qui n'est pas sans rappeler son personnage dans Le narcisse noir de Michael Powell & Emeric Pressburger-1947) pendant le débarquement nippon, et Le barbare et la geisha (1958), qui voit un ambassadeur américain (John Wayne) au japon former un couple improbable avec une geisha (Eiko Ando). Si le deuxième, remonté par un John Wayne mécontent est un peu bancal, Dieu seul le sait est un pur film "Hustonien" où figurent toutes les obsessions du maître. Autre légende du cinéma US, Robert Aldrich, dont Le vol du Phénix (1965), classique du survival au casting cinq étoiles (James Stewart, Richard Attenborough, Peter Finch, Ernest Borgnine, entre autre), est également édité par Rimini. L'histoire est simple, douze rescapés d'un crash doivent, dans le désert, à partir des débris de leur avion, en reconstruire un, c'est une question de vie ou de mort. Le vol du phénix est un incroyable suspense de 2H20, une réussite de plus à mettre à l'actif de Bob Aldrich. Plus court, Baïonnette au canon (1951) est un étonnant film de guerre à mettre à l'actif du passionnant Samuel Fuller. Ce dernier, au lieu de signer l'oeuvre de propagande qui lui a été commandée, livre un regard subtil sur la dure condition de soldat. Ancien combattant émérite de la seconde guerre mondiale, Fuller donne sa vision de la guerre de Corée, loin de tout manichéisme. Le personnage du Caporal Denno (Richard Baseheart), terriblement humain, est l'un des plus beaux de sa filmographie. Baïonnette au canon est une péloche à redécouvrir, assurément.
Hanzo
samedi 18 août 2018
Lectures - La playlist de l'été 2018 - Episode 7 : Jusqu'à l'impensable de Michael Connelly (Le Livre de Poche-Calmann Levy Noir)
Alors que Sur un mauvais adieu, la dernière enquête d'Harry Bosch, vient de paraître chez Calmann Levy Noir, la précédente aventure du personnage fétiche de Michael Connelly, Jusqu'à l'impensable, est, depuis peu, disponible en petit format (Editions Le Livre de Poche). Dans Jusqu'à l'impensable Harry Bosch, enquêteur retraité du LAPD, devient un « Jane Fonda », expression servant à désigner un ex-flic devenu enquêteur pour la défense aux Homicides. Et c’est là l’idée de génie de Michael Connelly pour cette 21ème apparition d’Harry Bosch, faire de son inflexible limier un détective au service des criminels. Dans Jusqu'à l'impensable, Bosch devient enquêteur pour son demi-frère, Mickey Haller, l’avocat à la Lincoln, celui que les lecteurs adorent détester. Da’Quan Foster, ex-membre de gang devenu artiste, est accusé du viol et du meurtre sauvage de la femme d’un sheriff. Tout semble le désigner, jusqu’au sperme retrouvé sur et dans la victime, mais l’ADN, Bosch s’en fout. Les experts, c’est pas sa came, il laisse ça à ceux qui ne savent pas investiguer. Sa bible est, depuis toujours, le livre du crime, classeur dans lequel est détaillé l’affaire. Bosch va devoir reconstituer un puzzle morbide. Il croisera un étrange chirurgien esthétique, des pornstars au rabais, des flics ripoux, des prostitués… Enfin bref, Bosch va devoir se vautrer dans la fange.
Ce retour aux sources est salvateur pour Harry qui, s’il porte le patronyme d’un peintre célèbre (Hieronimus Bosch), est avant tout un enquêteur « hard boiled ». Ce personnage complexe, pro-peine de mort, torturé, orphelin devenu soldat au Vietnam puis flic de haut-vol, incarne, non seulement, l’histoire récente de son pays mais aussi sa ville. Son goût pour le jazz, son du ghetto devenu musique élitiste, est une belle métaphore de son ambivalence. Vivant en haut des collines de L.A. dans une magnifique bicoque achetée grâce à la vente de son histoire personnelle au cinéma, Bosch ne peut s’empêcher, à travers son métier, de retourner à ses origines, les bas-fonds, les égouts de Los Angeles. Solitaire, obstiné, seule la justice compte pour lui, quitte à enfreindre les règles. Quand on connaît l’amour qu’a Connelly pour le 7ème art, difficile de ne pas penser au mythique Dirty Harry.
Et c’est ce Bosch « hardcore » que le lecteur retrouve avec bonheur dans Jusqu’à l’impensable. Un ouvrage dans lequel le prolifique Connelly renouvelle son personnage fétiche, après deux derniers opus peu inspirés, en mélangeant habilement roman noir et livre de procès. Un Bosch confronté à un véritable dilemme lorsqu’il s’agit de défendre un assassin, d’ailleurs il n’accepte que parce qu’il à l’intime conviction que Da’Quan Foster est innocent. Un Bosch qui doit mener son enquête la plus difficile car il n’a plus de badge. Un Bosch confronté à ses démons, son attirance pour l’alcool et ses relations compliquées avec les femmes, y compris sa fille. Un Bosch que le lecteur prend plaisir à suivre à chaque étape de son travail grâce à une écriture très prenante, et ce même si Connelly livre rapidement les clés de l’intrigue. Non, décidément, Bosch ne peut passer sa retraite à rafistoler une vieille Harley, tant qu’il lui restera un souffle de vie il sera un « outsider à plein temps » !
Hanzo
vendredi 10 août 2018
Lectures - La playlist de l'été 2018 - Episode 6 : Après le déluge de Joy Castro (Folio policier-Gallimard)
En 2014, dans l’ouvrage de Joy Castro, Après le déluge (Série Noire-Gallimard), une nouvelle héroïne du roman noir faisait son apparition, Nola Cespedès. Depuis, en 2016, Nola est revenue le temps d’une autre enquête dans l’excellent Au plus près (Série Noire-Gallimard). Après le déluge est sorti en poche (Folio policier n°794-Gallimard), l’occasion pour notre rédaction de vous présenter l’indomptable Nola…
Le 29 août 2005, Katrina dévaste La Nouvelle Orléans. Le lendemain, c’est la catastrophe, 80 % de la ville est sous les eaux. La Nouvelle Orléans passe de 500 000 à 144 000 habitants et voit sa composition ethnique totalement bouleversée, elle devient une ville à majorité blanche. Dans le chaos qui suit la tempête, la Police perd les pédales, des criminels disparaissent, des milices racistes chassent les noirs, c’est dans ce contexte que s’inscrit le premier ouvrage de Joy Castro, Après le déluge.
Après le déluge colle aux basques de Nola Céspedes, une intrépide reporter de 27 ans plutôt jolie et talentueuse qui bosse pour la rubrique loisirs du Times-Picayune, quotidien néo-orléanais. Elle voit se présenter la chance d’une vie lorsque son rédacteur en chef lui commande un article sur les criminels sexuels libérés après traitement. Petit détail qui a son importance, un nombre important de malfaiteurs a disparu des radars depuis Katrina, soit par perte des dossiers, soit par incompétence des forces de l’ordre, voire les deux. Parallèlement, la cité est secouée par une vague d’assassinats commis par un pervers qui taillade ses victimes et leur découpe le visage. L’affaire prend une tout autre tournure lorsque le maniaque sexuel, après avoir occis des prostitués, s’attaque à des jeunes filles de bonne famille. Pendant ce temps Nola enquête, s’inquiète, et si son travail journalistique l’amenait à croiser celui qui terrorise La Nouvelle Orléans ?
Nola n’est vraiment pas une héroïne comme les autres. Peut-être est-ce du à ses origines cubaines qui ont contrarié son intégration, y compris auprès la communauté noire, un vécu qui lui confère un regard particulier sur La Nouvelle-Orléans. Peut-être est-ce du à son prénom qui, dans le langage courant étasunien, est l’abréviation la plus usitée pour désigner La Nouvelle-Orléans. La métaphore à la Pyrrhus peut paraitre facile mais elle est particulièrement représentative de la complexité de Nola. Un personnage qui, à l’image du fils d'Achille et de Déidamie, est capable du pire comme du meilleur. Parfois très sure d’elle-même, voire imbue de sa personne, elle peut s’avérer couarde. Sa sexualité atypique révèle un rapport aux hommes compliqué. Nola repère ses proies lors de matchs de foot avant de les cueillir à la sortie des vestiaires pour une relation d’un soir. Elle cède également souvent à des pulsions destructrices, surtout lorsqu’il s’agit de picoler, parfois avec ses copines, souvent seule. L’occasion pour le lecteur de découvrir toutes sortes de cocktails tous plus alcoolisés les uns que les autres. L’attachante Nola, avec ses forces et ses fêlures, est une femme bien loin de la stéréotypée « détective en fauteuil », c’est un personnage humainement très riche comme en offre trop rarement le polar. Le fait qu’Après le déluge est écrit par une femme explique sans doute cela.
La force de l’ouvrage de Joy Castro est de traiter Katrina en filigrane. Le drame est très peu évoqué, par contre ses conséquences sont bien là. Ainsi les rapports de classe, les scandales policiers déjà évoqués dans la passionnante série Treme de David Simon, la « blanchification » post-ouragan (l’assistante du procureur, amie de Nola, avoue être la seule noire au Palais de justice ou l’on ne juge que des noirs), rien n’est éludé par l’auteur. A l’image des criminels recherchés par Nola, qui sont des êtres sans visages, Katrina est un mal absolu sur lequel personne ne met de mot. Nola, dans sa quête, va rencontrer des experts, l’occasion, pour elle de discourir sur l’histoire de la localité, son évolution immobilière, ses habitudes culinaires, les loisirs que l’on y pratique selon que l’on soit riche ou pas. Nola, en analysant sa ville, va trouver le courage d’affronter ses démons intérieurs. Voila qui n’est pas sans rappeler le périple de Dave Robicheaux dans le roman le plus âpre et émouvant de James Lee Burke, La nuit la plus longue. Burke y écrivait « La vieille Némésis sudiste – une haine absolue pour les plus pauvres des pauvres – était de retour, nue, crue, dégoulinante de peur ». Cette Némésis ne cesse de poursuivre Nola qui la combat avec tant de courage que le lecteur n’a qu’une envie, la retrouver pour de nouvelles aventures.
Hanzo
mercredi 1 août 2018
Visionnages - La playlist de l'été 2018 - Episode 5 : Profession : Reporter (1975) de Michelangelo Antonioni (Carlotta Films)
Profession : reporter marque la troisième et dernière collaboration entre Michelangelo Antonioni et Carlo Ponti, le producteur de La Strada de Federico Fellini, Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda ou encore de Représailles et Le Pont de Cassandra de George Pan Cosmatos. Après le succès de Blow-Up, les deux complices essuient un échec cuisant avec Zabriskie Point, le plus états-unien des films du cinéaste italien. Si ce deuxième film s’avère moins représentatif de son style, sans pour autant délaisser ses thématiques et obsessions, Profession : reporter lui permet de renouer avec un rythme plus lent et contemplatif qui sert une intrigue située entre le drame intimiste et le suspense policier.
David Locke effectue des repérages en Afrique, dans la région du Sahara, pour les besoins d’un documentaire. Il y fait la connaissance de David Robertson, trafiquant d’armes qui occupe le même hôtel que lui. Après une journée durant laquelle ses recherches s’avèrent vaines, Locke trouve Robertson mort dans sa chambre. Il décide d’échanger leurs identités et, se laissant alors passer pour mort, de laisser derrière lui son épouse et son travail de reporter. Désertant la vacuité de son existence passée, il part vers l’inconnu.
Pour Michelangelo Antonioni, la recherche de liberté de son personnage correspond à une fuite en avant, thème déjà présent dans Zabriskie Point. L’échappée de David Locke (Jack Nicholson) devient alors une quête de sens, de la vérité. Le cinéaste italien signe une œuvre mélancolique, véritable réflexion métaphysique sur l’existence, qui se révèle aussi être un de ses meilleurs films, Profession : reporter bénéficiant d’une mise en scène virtuose. Célèbre pour ses plans séquences, le film intrigue, devient hypnotique. Comme à son habitude, Michelangelo Antonioni sait tirer partie de ses décors pour créer une atmosphère étrange, presque surréelle. Entre son personnage qui change d’identité et la jeune femme incarnée par Maria Schneider, qui n’a pas de nom, l’intrigue semble sortir tout droit d’une nouvelle de Jorge Luis Borges.
Carlotta films propose de (re)découvrir ce chef d’œuvre dans une nouvelle copie agrémentée de bonus passionnants. En plus de mini-documentaires sur Antonioni parlant de son fameux plan-séquence, Carlotta films offre un de ses premiers courts métrages, Mensonges d’amour, dont la thématique sur les apparences et l’illusion du spectacle ne semble pas si éloignée de celle de Profession : reporter. Le livre présente de nombreux textes analytiques sur le film ainsi qu’une revue de presse d’époque, mais aussi des photos de tournage et des documents signés par Antonioni lui-même. Profession : reporter est disponible en coffret ultra collector (#10) (1BR+2DVD+livre) et édition simple (1BR ou 2DVD) chez Carlotta Films.
Thomas Roland
mercredi 25 juillet 2018
Lectures - La playlist de l'été 2018 - Episode 4 : Racket de Dominique Manotti (Collection Equinoxe-Les Arènes)
Si vous suivez attentivement notre émission et jetez un coup d'œil régulier aux différentes élucubrations que nous publions sur ce blog, vous n'êtes pas sans savoir que nous sommes de grands admirateurs de l'écrivaine Dominique Manotti. C'est en 2010 que notre ami Youenn (auteur de la photo ci-dessous) l'avait longuement interviewée (c'est à lire ici), lors de la sortie de Bien connu des services de police (Série Noire-Gallimard). En 2013, elle était venue dans notre émission présenter son ouvrage L'évasion (Série Noire-Gallimard-cliquez sur ce lien pour entendre). L'année suivante, à la Médiathèque de Thourotte, nous l'avions invitée à venir co-animer un débat public consacré à l'Italie avec l'auteur transalpin Giulio Minghini (Tyrannicide-Editions NiL), quelques bribes de ces échanges peuvent se télécharger en suivant ce lien. Lorsque, en 2015, Or noir (Série Noire-Gallimard) a été publié, elle est venue dans notre émission (ça s'écoute là). Depuis, Dominique Manotti a quitté la Noire. C'est dans la Collection Equinox (Les Arènes) qu'a été publié Racket, son nouveau livre. Tout naturellement, nous sommes allés à la rencontre de celle qui vient de signer l'un des meilleurs bouquins de ce premier semestre 2018. L'entretien sera diffusé dans nos émissions de rentrée, en attendant, en voici un petit avant-goût.
Racket s'inspire librement de l'affaire Alstom. Rappelez-vous, en 2014, Alstom Energie "se vend" à l'américain General Electric dans des conditions singulières. Une cession durant laquelle l'Etat a été roulé dans la farine et qui s'est déroulée alors que la justice étasunienne condamnait ce fleuron de l'industrie française à une amende record de 772 millions de dollars pour corruption. L'affaire "choque" Dominique Manotti, car "ce n'est absolument pas une histoire isolée, c'est une histoire récurrente. Disons que, le nombre de fleurons de l'industrie française qui sont rachetés par des américains, bien souvent, est quand même très élevé ". Aussi, fidèle à sa formation d'historienne, Dominique Manotti commence à se documenter, à consulter tout ce qui existe sur cette sombre histoire de rachat, son constat est sans appel : "Je suis tombée sur des choses absolument étonnantes. Ce que j'appelle, moi, des trous noirs. C'est à dire, des faits absolument pas expliqués. Et, à partir de là, je me suis dit, s'ils ne sont pas expliqués, pas commentés, c'est qu'il y a quelque chose derrière. Donc, s'il y a quelque chose derrière, je vais aller voir".
Dans Racket, c'est plutôt Noria Ghozali, fraîchement virée de la DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur) qui va fouiner. L'un des personnages fétiches de Dominique Manotti, qui fut campé au cinéma par Rachida Brakni (cf. photo ci-dessus) dans l'excellente adaptation de Nos fantastiques années fric (Rivages/Noirs) par Eric Valette (Une affaire d'Etat-2009), se retrouve à bosser à la DR-PP (Direction du Renseignement de la préfecture de Police de Paris), dirigeant un duo affilié à la sécurité des entreprises. Travailleuse, obsessionnelle et déterminée, Noria Ghozali sent bien qu'elle s'attaque à un gros poisson. Aussi, elle file demander les conseils d'un policier retraité désormais professeur à Sciences Po et fin connaisseur du fonctionnement des grands groupes industriels : Théodore Daquin. Daquin, LE héros de Dominique Manotti, flic homosexuel bon vivant et immensément cultivé, dont les lecteurs avaient pu découvrir la jeunesse dans l'excellent Or Noir. Dominique Manotti l'avoue, elle s'est "beaucoup amusée" à le transformer en vieux sage dans Racket. Noria Ghozali s'amuse moins, par contre, découvrant un monde peuplé de salopards qu'elle n'arrive pas à aimer. Et c'est difficile de travailler sur des personnes que l'on considère comme antipathiques. Pourtant, avec ses deux acolytes, elle va tout mettre en oeuvre pour tenter de comprendre ce qui se passe dans l'entreprise Orstam.
C'est vrai que ce n'est pas simple, entre un dirigeant emprisonné aux States, des margoulins adeptes de la corruption qui tombent comme des mouches et quelques barbouzeries, Noria et ses collègues doivent se démener. Mais pour eux, une chose est sûre, les ricains sont en train de braquer Orstam, joyau de l'industrie française. Comme d'habitude chez Dominique Manotti, le récit est haletant, le style est sec, tranchant comme une lame. Le lecteur ne peut s'empêcher de tourner la page. Sans doute est-ce du au fait qu'elle écrit au présent, ce qu'elle juge "très important" et comme étant "une influence du cinéma". Elle ajoute que "l'utilisation du présent dans un roman crée un type de rapport qui est différent entre l'auteur, le lecteur et ce qu'il est en train de lire, par le présent l'auteur est à la même hauteur que le lecteur". Le présent, c'est aussi le temps de l'action, Dominique Manotti arrive même, avec Racket, à rendre trépidante une intrigue centrée sur l'économie. Pour Dominique Manotti, "le roman a déserté le champ de l'économie", aussi elle "écrit pour que ce soit romanesque, que les gens s'accrochent au roman". Elle pense que "c'est un champ qu'il faut ré-enchanter par le roman parce que c'est la seule façon d'arriver, à la longue, à une conscience collective plus forte". Difficile de lui donner tort tant Racket est un portrait d'une justesse absolue de la société française d'aujourd'hui. Racket est, tout simplement, l'un des meilleurs livres de Dominique Manotti avec Nos fantastiques années fric et Bien connu des services de police. Vous savez ce qui vous reste à faire : Foncez chez votre libraire !
Hanzo
lundi 16 juillet 2018
Lectures - La playlist de l'été 2018 - Episode 3 : Les essais cinéma avec Virgin Suicides de Sofia Coppola par Pierre Jailloux (Collection Contrechamp-Editions Vendémiaire) & Tony et Ridley Scott, frères d'armes par Marc Moquin (Playlist Society)
Se replonger dans des bons vieux classiques du Septième Art pendant que les autres font bronzette est une des activités favorites du cinéphile en période estivale. Et pour cela, quoi de mieux que deux bons livres sur le cinoche au format poche, ou presque (info utile lorsque le soleil est à son zénith). Commençons par le commencement avec un ouvrage autour d'un premier long-métrage, et pas n'importe lequel, puisque c'est le meilleur de sa réalisatrice Sofia Coppola : Virgin Suicides.
Signé Pierre Jailloux, déjà coauteur, en 2017, d'un fabuleux livre collectif sur Jacques Tourneur (Capricci), Virgin Suicides de Sofia Coppola (Collection Contrechamp-Editions Vendémiaire) est une analyse très poussée de cette mise en images romantique d'un fait divers sordide : Le suicide de cinq jeunes sœurs. Belles, blondes et intelligentes, les frangines Lisbon vivent une vie paisible (en apparence) dans une banlieue étasunienne huppée durant les années 70 ; d'où l'incompréhension devant leur suicide. Le film, adapté d'un livre de Jeffrey Eugenides, est narré 25 ans après les faits par un homme qui, adolescent, avec ses potes, était tombé en amour devant les jolies sœurettes Lisbon. Pourquoi se sont-elles données la mort ? Parce qu'elles étaient élevées dans un climat catholique pesant ? Parce qu'elles s'ennuyaient ? De nombreuses questions hantent Virgin Suicides, Pierre Jailloux tente de décrypter tout cela.
L'ouvrage est articulé autour de différentes thématiques qui visent à éclairer Virgin Suicides, mais aussi le reste de la filmographie de Sofia Coppola. Certaines analyses de Jailloux sont très bien vues, telle celle consacrée au Complexe d'Andromède, passionnante. Chaque argument puise sa source dans un élément de la filmographie de Sofia Coppola. La thématique Fashion Victim dénote une connaissance particulièrement poussée du travail de la réalisatrice par l'auteur. Quant au rapprochement "arthurien" (version Alfred Tennyson) à travers l'évocation de La Dame de Shalott, il est très pertinent et ouvre de nouvelles perspectives sur le film. Si Jailloux délivre une analyse aussi juste, c'est parce qu'il ne tombe pas dans le piège de l'extrapolation. Il s'appuie sur l'analyse de la mise en scène, à l'image de ses quelques lignes intitulées Remplissages. En bref, Virgin Suicides de Sofia Coppola par Pierre Jailloux vient enrichir, en qualité, la collection Contrechamp (Editions Vendémiaire), vivement le prochain titre.
Il y a un autre éditeur que nous aimons beaucoup dans la rédaction de Culture Prohibée, c'est Playlist Society. Son catalogue s'enrichit d'un nouveau titre, Tony et Ridley Scott, frères d'armes de Marc Moquin. Ce dernier, réalisateur de courts et de pubs à ses heures perdues, a une double actualité avec la sortie en librairie du premier numéro du mook dont il est le rédac'chef : Revus & Corrigés. La revue se consacre à l'actualité du cinéma de patrimoine (en gros, les films tournés entre 1895 et les années 2000 - choix plutôt vaste).
Moquin voue son étude à deux frères qui ont connu des trajectoires différentes, l'un est adulé par la critique depuis son premier long, Les duellistes (1977), primé à Cannes, l'autre est régulièrement vilipendé, accusé de produire un cinéma abrutissant et décérébré (Top Gun-1986). Et pourtant, leurs réalisations ont de nombreux points communs, ce que tente de démontrer Marc Moquin dans Tony et Ridley Scott, frères d'armes. Il y parvient, non sans panache, arguant que si Ridley Scott est connu pour ses classiques SF (Alien le huitième passager en 1979, Blade Runner en 1982) et ses épopées historiques (1492 : Christophe Colomb en 1992, Kingdom of Heaven en 2005), il a toujours réalisé, comme son frère, des "films mondes dans lesquels l'humain est au cœur des systèmes politiques qu'il combat". Si Ridley Scott, l'auteur maniaque, a toujours eu une vision assez pessimiste, Tony, le faiseur formaliste, s'est, quant à lui, révélé humaniste, n'hésitant pas à accorder la rédemption à ses personnages (True Romance en 1993, Man of Fire en 2004).
Né en 1937, Ridley est l'aîné, il a toujours veillé sur Tony (1944-2012), plus particulièrement durant une enfance compliquée. Comme nous le rappelle l'ouvrage, le père des frangins était militaire, d'abord dans une Allemagne en reconstruction puis dans l'Angleterre industrielle qui inspira à Ridley l'aspect rétro-futuriste de son Blade Runner. Cet environnement particulier explique, sans aucun doute, la volonté des frères à construire des univers hors-normes. Moquin effectue quelques rapprochements passionnants, entre le politisé USS Alabama (1995) et le moyen A armes égales (1997), par exemple, ou entre le radical Domino (2005) et l'émouvant Thelma et Louise. Alors, Tony était-il le plus fragile des deux ? Personne ne le sait, en tout cas, il s'est donné la mort le 19 août 2012 et, depuis, le cinéma de Ridley Scott est encore plus nihiliste. A une exception près, comme le fait remarquer Moquin, Seul sur Mars (2015), réalisé après le décès de Tony. Un film dans lequel Ridley fait preuve d'une confiance inébranlable en l'être humain, en son intelligence, comme un dernier hommage à Tony. Vous l'aurez compris, Tony et Ridley Scott, frères d'armes (Playlist Society) de Marc Moquin est un ouvrage indispensable pour les amateurs de cinéma "Scottien".
Hanzo
vendredi 13 juillet 2018
Lectures - La playlist de l'été 2018 - Episode 2 : Centaur Chronicles Volume 2 Les Origines de Jean-Michel Ferragatti, Marti, Eric van Elslande, Reed Man & Jean-Marie Minguez publié aux Editions FGProd
Jean-Michel Ferragatti est un grand spécialiste des comics du golden age. Il avait publié, en 2016, une étude épatante sur le sujet intitulée L'histoire des Super-Héros (L'âge d'or 1939-1961) Les publications américaines en France (Neofelis Editions), nous l'avions interviewé au sujet de cet ouvrage, ça s'écoute ici. Bien entendu, tel Arrow, ce passionné a plus d'une corde à son arc. Il est également scénariste de bande-dessinée, ou plutôt, de comics à la française. En 2017, il écrit le premier tome d'une saga ambitieuse rassemblant les héros d'un éditeur aujourd'hui oublié, Centaur Comics. Cela donne Centaur Chronicles Volume 1 La renaissance, une uchronie qui fait découvrir au lectorat un univers foisonnant. Cette BD haletante, au doux parfum de serial, modernise, avec beaucoup d'habileté, une galerie de personnages paraissant, de prime abord, fort désuète. Au final, Centaur Chronicles Volume 1 La renaissance, s'avère être une très bonne surprise. Pour en savoir plus, nous avions échangé quelques mots avec l'auteur que vous pouvez entendre ici. Lorsque nous avons appris la sortie de Centaur Chronicles Volume 2 Les Origines, nous avons dévoré ce nouvel opus avant d'aller à la rencontre de Jean-Michel Ferragatti (cf. photo ci-dessous) pour un nouvel entretien. Vous pourrez écouter cette entrevue dans nos émissions de rentrée. En attendant, plutôt que de nous livrer à une chronique classique, nous avons préféré laissé Jean-Michel Ferragatti répondre à quelques questions concernant Centaur Chronicles Volume 2 Les Origines.
Bonjour Jean-Michel Ferragatti, avant d'aborder cet album, peux-tu nous en dire plus sur ta propre personne ?
Bonjour Jérôme, ainsi qu’à tous les lecteurs du blog de Culture Prohibée. Alors, je suis un fan de comics depuis maintenant presque 40 ans et ma découverte de Strange. J’ai longtemps collectionné, comme simple lecteur, ces merveilleuses publications. Puis, à l’adolescence, je m’en suis éloigné jusqu’à vendre ma collection pour financer d’autres projets. Vers la fin de mes (longues) études, j’ai commencé à glaner quelques pièces que j’avais possédées et puis, petit à petit, j’ai reconstitué quelques petites séquences. Jusqu’au jour où j’ai racheté une collection quasiment complète de tout ce qui avait été publié en France de Marvel Comics. En essayant de compléter les quelques manques, j’ai commencé aussi à acheter tout ce qui était paru chez DC Comics en France auprès, notamment, de feue la librairie Dans la Gueule du Loup de mon ami Claude Eloy. Et ce diable d’homme m’a ensuite lancé sur les publications françaises de super-héros d’avant Lug. J’ai alors découvert un monde inconnu que j’ai exploré jusqu’à en faire un livre publié chez Neofelis. C’est à cette occasion que j’ai exploré le monde des super-héros de Centaur Comics.
Tu es avec nous pour aborder Centaur Chronicles, peux-tu revenir sur le concept de ces albums singuliers ?
Centaur Chronicles est un projet qui fait revivre des personnages américains libres de droits publiés entre 1936 & 1942 en leur donnant une suite « moderne » (qui se passe en 1959). Notre projet comporte plusieurs axes. Le premier est la cohérence de nos épisodes modernes avec les épisodes originaux. D’ailleurs, nos albums sont constitués pour moitié d’épisodes modernes qui font résonnance avec les épisodes originaux qui constituent l’autre moitié. Le tout est complété de rédactionnel qui explore l’histoire de l’éditeur original Centaur Comics et des auteurs de l’époque. Cela nous amène au deuxième axe qui est que nous relisons l’histoire des comics telle que nous la connaissons au travers de l’histoire fictionnelle de Centaur Chronicles. Nous évoquons ainsi le golden age, la croisade anti-comics puis le sujet de notre premier story arc, le renouveau des super-héros pendant le golden age. Tout cela s’articule autour d’une question simple. Comment aurait évolué notre monde si des personnages disposant de superpouvoirs existaient réellement ? Il en découle un monde fictionnel légèrement uchronique. Et bien entendu, tout plein de surprises scénaristiques qui donne une unité à cet univers créé à partir de personnage isolés.
Travail historique, recréation d'un univers complet, restauration de comics du golden age... ça fait beaucoup de travail. Peux-tu nous présenter ton équipe ?
Nous avons Jean-Marie Minguez comme cover artist, Marti comme dessinateur & encreur, Eric van Elslande sur les couleurs modernes et Reed Man sur la restauration des épisodes originaux (et également sur les couleurs modernes du premier volume). Mais également Aurore & Jean-Marc sur la relecture et Pierre sur la maquette. Quant à moi, je m’occupe du scénario, des traductions, du rédactionnel & de l’édition du projet.
Peux-tu nous rappeler l'histoire du volume 1 et, brièvement, nous présenter le volume 2 ?
Renaissance (le premier volume) a pour but de familiariser les lecteurs avec les personnages de l’univers Centaur. Il se passe en 1959 et, suite à un événement exceptionnel, les personnages vont sortir de leur retraite pour revisiter leur passé et en trouver l’origine. Les Origines (le deuxième volume) va nous révéler quelles est le lien qui unit quasiment tous les personnages Centaur (les surpuissants mais aussi certains autres). Nous nous appuyons sur les origines originelles des personnages qui en ont pour les mettre en perspective, mais aussi donner nos propres origines des autres qui n’en bénéficiaient pas, et, bien entendu, faire avancer l’intrigue globale du story arc.
Comment vois-tu l'avenir des Centaur Chronicles ?
Alors, le premier story arc s’étendra sur 4 volumes. Le troisième est déjà entièrement crayonné et nous lancerons prochainement une campagne de crowfunding pour son lancement. Il y aura d’ailleurs quelques surprises ! Nous prévoyons aussi, dans le même temps, de lancer une campagne de crowfunding pour une version anglaise du premier volume ! Et puis en 2020, la conclusion du premier story arc. Nous avons ensuite en tête pleins de projets, si les lecteurs nous restent fidèles. Un deuxième story arc en deux volumes. Un projet spécial, Secret Origins, également en deux volumes, avec les origines définitives de douze personnages par douze auteurs français emblématiques de la scène comics. Tous les personnages de l’univers Centaur n’étant pas des super-héros nous avons aussi des projets de spin-off autour du western, polar, espionnage & occultisme. Enfin, l’idée d’un troisième story arc est en train de germer dans mon cerveau. Et puis, dans nos rêves les plus fous nous pensons à des déclinaisons multimédias (jeux vidéo, série télé, films…).
Hanzo
Pour acheter les deux volumes de Centaur Chronicles, cliquez ici.
vendredi 6 juillet 2018
Lectures - La playlist de l'été 2018 - Episode 1 : Harold de Louis-Stéphane Ulysse publié aux Editions La Bibliothèque
L'été, paraît-il, est une saison propice à la lecture, l'occasion pour notre rédaction de vous faire part de nos derniers coups de cœur. Les bouquins abordés sur notre blog pendant la période estivale seront chroniqués dans nos émissions de rentrée, certains en compagnie de leurs auteurs. Débutons cette saison 2018 avec Harold de Louis-Stéphane Ulysse publié par les Editions La Bibliothèque. Louis-Stéphane Ulysse n'est, d'ailleurs, pas un complet inconnu pour les fidèles de Culture Prohibée puisqu'il était venu, en avril, nous causer de son essai historique en deux volumes intitulé Une histoire du western paru chez Carlotta films (ça s'écoute en cliquant ici). Harold est un roman noir se déroulant dans l'univers du cinéma qui a déjà été publié il y a huit ans. Aussi, cette nouvelle édition est une sorte de director's cut avec des ajouts et des modifications, tel que le souligne l'écrivain : "Je voulais présenter une édition qui soit un petit peu différente de la première. Le début et certains chapitres sont un peu différents. Mais, ça reste quand même, globalement, le même texte". Et justement, ce texte, de quoi parle t'il ?
L'ouvrage nous présente les mésaventures d'un corbeau nommé Harold. Et oui, vous avez bien lu, un corbeau. Mais pas n'importe lequel, non, Harold est l'un des volatiles travaillant sur le tournage du chef-d'oeuvre d'Alfred Hitchcock, Les oiseaux. Dans un premier temps, le lecteur suit le parcours de ce drôle d'oiseau et le sort, souvent malheureux, de ses différents propriétaires. Puis, Harold débarque sur le set de Big Hitch. C'est là qu'il rencontre Tippi Hedren. Il tombe sous le charme de cette blonde sophistiquée et devient son ange gardien. Malheur à celui qui veut importuner la belle car la bête veille, adoptant des attitudes parfois effrayantes. Louis-Stéphane Ulysse affirme que "L'idée, c'était de faire un personnage qui soit aussi complexe qu'un être humain. Il est le témoin actif de tout un univers : Les studios d'Hollywood, la mafia qui venait aux studios". En effet, le petit monde gravitant autour du tournage s'avère parfois peu recommandable. Chase, le dresseur d'Harold, va être entraîné, bien malgré lui, dans une sordide affaire criminelle. De voyous il est d'ailleurs beaucoup question dans Harold, le lecteur devra toutefois démêler le vrai du faux, Louis-Stéphane Ulysse s'amusant à mélanger personnages de fiction et personnalités réelles, tel le légendaire truand Mickey Cohen.
Harold, comme tout bon roman noir, n'est pas qu'un simple polar, il trace le tableau d'une société. En l'occurrence, celui de l'Amérique du début des années soixante. L'auteur explique que, "Si on rendait compte de l'époque où se passait l'action, on rendait compte aussi de personnages qui avaient une représentation du monde qui n'est pas du tout la notre aujourd'hui. Ils voyaient tout plus grand. Ce sont des gens qui sortaient d'un trou noir, qui était la seconde guerre mondiale, et qui disaient que demain, après-demain, les générations à venir n'iraient plus sur la lune mais sur Mars". Ce portrait, très documenté, des USA durant les 60's, donne l'occasion à Louis-Stéphane Ulysse de faire un parallèle avec les années 2010 : "Aujourd'hui, le processus est totalement inversé. On se dit : Qu'est ce qu'on va laisser aux générations qui sont derrière nous ? Alors qu'à l'époque, c'est le contraire. Les gens ont une vision encore un peu cowboy qui consiste à conquérir de nouveaux espaces, des territoires. Je trouvais que c'était marrant de traiter de cette époque-là pour éclairer la notre sur ce qui lui manque : Le mythe, le rêve, des gens plus grands que la vie", comme le mogul Lew Wasserman, patron d'Universal Studios, employeur d'Hitchcock pour Les oiseaux.
Alfred Hitchcock, dont la relation avec Tippi Hedren est ici décortiquée, est un tel génie que Louis Stéphane Ulysse n'arrive pas à complètement le détester : "C'est un gros petit garçon qui est dans son art, sa création, qui, à un moment, ne comprend pas qu'on lui résiste. C'est un drôle de lascar". Hitch qui, à l'époque, voit son cinéma évoluer, tel que le souligne l'auteur : "Quand il a arrêté de travailler avec Alma, sa femme, son cinéma a basculé vers autre chose". Alma Reville était l'épouse et la scénariste d'Hitchcock. Leur collaboration débute en 1927 avec Le ring et se termine avec Le grand alibi en 1950. Selon Louis-Stéphane Ulysse, "On peut faire une projection, à partir de Psychose, sur ce vers quoi va le cinéma d'Hitchcock. Ce qui est fascinant c'est que ce mec, qui a fabriqué du chrome, des icones, de l'image parfaite, ne fait pas exactement ça avec ses derniers films. Quand on pense à Frenzy, tout est laid. Et en même temps, moi je ne suis pas du tout d'accord avec cette idée qui dit qu'il est en plein déclin au moment de Frenzy. /.../ On peut dire qu'il aurait réalisé des films pornos à la fin de sa vie, car dans ses derniers films /.../ il montre de plus en plus. Il a beaucoup suggéré, il ne suggère plus du tout".
Harold est donc, tout à la fois, un livre captivant sur le tournage d'un des plus grands films de l'histoire du cinéma, un roman noir haletant, et une tragique histoire d'amour qui finit par basculer dans le sordide. Louis-Stéphane Ulysse, adepte de la concision, sait donner à son lectorat l'envie irrépressible de tourner la page. Difficile, en effet, de stopper la lecture d'Harold dès lors qu'on l'a débutée. Cerise sur le gâteau, dès que le lecteur a refermé l'ouvrage, l'expérience continue sur la toile avec un blog passionnant. L'auteur précise : "Il y a plein de documents qui m'ont inspiré. Il fallait les stocker et qu'ils puissent être accessibles. Ce type de roman doit avoir un prolongement sur Internet afin que l'on puisse trouver des archives, des bonus". Vous savez ce qui vous reste à faire après avoir lu Harold, vous rendre sur le blog du même nom en cliquant sur ce lien. Pour en savoir encore plus sur le corbeau, rendez-vous à la rentrée pour écouter l'entretien que nous a accordé Louis-Stéphane Ulysse. Maintenant, vous savez ce qu'il vous reste à faire, allez acheter Harold chez votre libraire et filez le lire sur la plage. Et puis, si votre épicier ne l'a pas en stock, pas de panique, la semaine prochaine nous vous offrirons trois exemplaires de ce délicieux roman noir (merci à notre partenaire les Editions La Bibliothèque), surveillez notre profil Facebook.
Hanzo
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